Les libraires américains soupçonnent Amazon d'abus de position dominante

Julie Torterolo - 23.11.2015

Edition - International - Amazon - American Booksellers Association - Lois antitrust


Dans un courrier envoyé ce 19 novembre à l’ensemble de ses membres, l’American Booksellers Association s’en prend, tout en subtilité, à Amazon. Tout en encourageant les libraires indépendants à se dynamiser pour les fêtes de fin d’année, le PDG de l’association américaine tente de les rassurer sur l’arrivée d’une boutique physique du géant américain. Et ne manque pas de sous-entendre que ce dernier ne respecterait pas les lois antitrust du pays... 

 

(Ryan Racca, CC BY-NC-ND 2.0)

 

 

Le mois précédant les fêtes étant mouvementé pour les commerçants, libraires compris, Oren Teicher, PDG de l’American Booksellers Association — organisme national sans but lucratif pour aider les librairies indépendantes du pays — a tenu à s’adresser à ses membres afin de leur donner quelques « points clés ». L’occasion d’encourager vivement ces libraires américains de participer au Small Business Saturday, le 28 novembre prochain — journée de réductions aux États-Unis encourageant les consommateurs à se rendre des les petites boutiques locales, plutôt que les grosses enseignes. 

 

« Cette initiative est devenue le point de départ dynamique de la saison des vacances pour des milliers de librairies indépendantes et d’autres détaillants ainsi que des millions de consommateurs. L’année dernière, environ 88 millions d’Américains ont fait leur achat dans des petites entreprises locales pour le Small Business Saturday, soit une augmentation de près de 15 % par rapport à 2013, et, au total, les acheteurs ont dépensé 14,3 milliards $ », écrit-il.

 

Un traitement de faveur pour Amazon ? 

 

Cependant, c’est un sujet houleux qui est venu clôturer la lettre : Amazon. Ce dernier a en effet ouvert, le 3 novembre dernier, sa propre librairie de briques et mortier à Seattle. Le géant s’engage à vendre tous ces livres au même prix que sur son site : une promesse qui n’a pas manqué de faire grincer des dents, et qui donne quelques amers soupçons de traitement de faveur du côté des fournisseurs à Oren Teicher. Le PDG commence alors prudemment en soulignant qu’il est encore « trop tôt pour spéculer sur les intentions et objectifs de la compagnie. »

 

Cependant, pour lui, il faut être vigilant quant au modèle proposé par le géant. « Les libraires membres de l’ABA peuvent être assurés que votre association va continuer à rappeler aux éditeurs et autres vendeurs leurs obligations en vertu des lois antitrust, spécialement concernant leurs obligations de veiller que les stocks achetés selon l’ensemble de conditions déjà définies ne soient pas mélangés ou transférés à d'autres types de commerces », a-t-il expliqué. 

 

Sous-entendu que les fournisseurs ne doivent en aucun oublier leurs obligations découlant des lois antitrust (l’équivalent du droit de la concurrence en France), autrement dit ne pas favoriser les géants (Amazon) en leur proposant des prix de gros plus avantageux au détriment des petites libraires indépendantes. « Cela reste un principe fondamental que tout le monde doit respecter et ABA ne sera pas timide au moment d'évoquer cette question avec tous les fournisseurs », conclut-il. (via Goodreader)