Les libraires américains toujours aussi remontés contre Amazon

Antoine Oury - 08.03.2016

Edition - Librairies - librairie États-Unis - American Bookseller Association - librairies Amazon


L'American Booksellers Association (ABA), organe qui représente une partie des libraires américains, a annoncé sur son site la semaine dernière la mise en place d'une vaste campagne pour contester la domination d'Amazon sur les ventes de livres du pays. L'association invite tous ses membres à redoubler d'efforts pour inciter le gouvernement à ouvrir une enquête.

 

Amazon.com

(Mike Mozart, CC BY 2.0)

 

 

L'ABA a vu les choses en grand, et fournit donc des « Antitrust Action Kit » proposant des lettres pré-écrites aux libraires qui souhaitent participer. Ils sont vivement incités à les envoyer au Sénat américain, mais aussi au gouverneur et au procureur général de leur État. « Les lois antitrust existent pour protéger les consommateurs, leurs communautés, et les petits commerces des pratiques commerciales qu'Amazon utilise actuellement », souligne Oren Teicher, président de l'ABA.

 

En somme, il suffirait de faire appliquer ces lois. Il est vrai que les parts de marché détenues par Amazon sont assez impressionnantes : selon le rapport Author Earnings d'octobre 2015, le géant prenait alors en charge 74 % des ventes de livres numériques sur le territoire. Une estimation, certes, qui n'en est pas moins révélatrice.

 

Le président de l'ABA saute sur l'occasion pour comparer la situation actuelle à celle du groupe Standard Oil, qui dominait la production et la distribution de pétrole aux États-Unis au début du XXe siècle, avant que les lois antitrust tout juste votées n'y mettent un coup d'arrêt.

 

De même, Teicher fait une autre analogie avec un cas de monopole, celui de la chaîne The Great Atlantic & Pacific Tea Company, mieux connue sous le nom de A&P : « Comme A&P, Amazon ne maintient pas artificiellement les prix à un niveau élevé. Au contraire, il maintient les prix excessivement bas, et étend ses activités à la production et à la distribution », souligne le responsable de l'ABA.

 

Avec pour effet à long terme, d'après les détracteurs d'Amazon, la disparition des éditeurs et des libraires. L'American Booksellers Association souligne également les liens assez forts entre Amazon et les politiques américains, et ce point est plutôt indiscutable : Barack Obama, au cours de son mandat, a régulièrement salué Amazon et son fondateur Jeff Bezos.

 

« J’ai parlé avec Jeff Bezos hier, et il était extrêmement fier de ce que chaque employé d’Amazon souhaite améliorer ses compétences et s’enrichir. Et s’ils ont un rêve qu’ils veulent poursuivre, Amazon veut les aider à le faire » soulignait ainsi le président américain en visitant le centre Amazon de Chattanooga, en juillet 2013.

 

Entreprise multinationale, générant plusieurs millions $ de revenus et beaucoup d'emplois, Amazon a de solides arguments à faire valoir aux responsables politiques. Et tant pis si les conditions de travails sont déplorables, tant que les statistiques connaissent un léger sursaut...

 

Finalement, le seul responsable politique opposé à Amazon serait... Donald Trump, qui s'est distingué par une violente charge contre Jeff Bezos, plus pour son rachat du Washington Post que les pratiques commerciales d'Amazon...

 

Faut-il s'attendre à un soutien à Trump par les libraires américains ?

 

(via ABA)