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Les libraires britanniques payent 11 fois plus de taxes commerciales qu'Amazon

Antoine Oury - 18.09.2017

Edition - Economie - Amazon librairies - Amazon libraires - Amazon taxe commerciale


Les libraires britanniques ne seront sans doute pas surpris, mais un rapport du Centre for Economics and Business Research, centre de recherches en économie basé à Londres, révèle qu'ils payent environ 11 fois plus de taxes commerciales qu'Amazon. Comble de l'ironie, malgré un chiffre d'affaires qui tutoie 1,5 milliard £ en 2016, le géant du web a réussi à payer deux fois moins de taxes qu'en 2015.


Amazon Publishing - London Book Fair 2016
(ActuaLitté, CC BY SA 2.0)
 


Selon les chiffres du rapport dévoilé mardi à la conférence annuelle de l'Association des libraires britanniques, la Booksellers Association, Amazon paye 11 fois moins de taxes que les libraires. Pour 100 £ de chiffre d'affaires, la firme américaine débourserait 8 pennies, soit 9 centimes d'euro, contre 91 pennies, soit 1,01 € pour le même chiffre d'affaires chez un libraire.

 

La taxe annuelle des libraires s'élèverait à 131 millions £, contre 7,4 millions £ en 2016 pour Amazon. La multinationale a d'ailleurs réussi à réduire ses taxes par deux, puisqu'elle avait réglé environ 15,8 millions £ l'année précédente. Le chiffre d'affaires d'Amazon UK est estimé, en 2016, à 1,5 milliard £. Selon le même rapport, les libraires britanniques contribuent à hauteur de 540 millions £ à l'économie du pays.

 

La Booksellers Association a évidemment souligné à plusieurs reprises l'écart entre Amazon et les librairies quant au paiement des taxes commerciales, en remarquant notamment qu'une boutique Waterstones (importante chaîne de librairies britannique) du centre-ville de Bedford payait 17 fois plus de taxes que l'entrepôt Amazon situé quelques kilomètres plus loin.

L'histoire ne dit pas si les libraires physiques qu'Amazon ouvre désormais aux États-Unis sont soumises à d'importantes taxes commerciales...

 

« Ce rapport aide l'association à porter ce combat sur un autre niveau, et confirme qu'il existe un énorme fossé entre ce que les librairies britanniques apportent au Royaume-Uni et ce qu'Amazon propose. À un moment où le Royaume-Uni doit mettre en avant ses meilleures forces, utiliser ses ressources culturelles, économiques et autres, pourquoi donc faire perdurer cette politique délétère ? », insiste Giles Clifton, directeur des affaires générales de la Booksellers Association.

 

Le Japon pleure ses libraires : 40 % de librairies en moins en 20 ans

 

Si le Brexit n'a que peu d'effets sur l'activité des libraires du pays, la Booksellers Association insiste sur la place des librairies dans les économies locales, sans parler de l'aspect social. « Les librairies ferment à un rythme de 3 % par an, et 275 villes peuvent s'attendre à perdre la leur si rien n'est fait vis-à-vis des impôts fonciers des entreprises », précise Tim Godfray, directeur exécutif de l'association.

 

Ce combat pour la baisse des impôts fonciers n'est pas récent pour la Booksellers Association, qui évoquait déjà ce problème il y a quelques années. Si le retour à un prix unique du livre, plus sécurisant pour les libraires, semble pratiquement impossible à l'association, elle estime que le gouvernement et les municipalités peuvent agir sur ces dépenses pour apporter un soutien aux libraires...


via The Guardian