Les libraires canadiens indépendants sur le grill

Clément Solym - 03.04.2012

Edition - Les maisons - librairies - Canada - loyers


Le sort des librairies indépendantes au Canada commence à devenir sérieusement inquiétant. On savait déjà que les libraires y sont soumis à une pression plus forte comparée à leur voisin américain (voir notre actualitté). Mais les fermetures en chaîne ne font qu'illustrer l'incertitude du secteur.

 

Fermetures en série

 

Les quatre librairies Book Warehouse de Vancouver ont fermé, suite à la décision de leur propriétaire Sharman King. Nicholas Hoare ferme ses deux librairies de Montréal et d'Ottawa. À Toronto, un des cinq magasins Book City a aussi cessé son activité, ainsi que celle de Flying Dragon et Book Mark. En août dernier, Aqua Books, à Winnipeg, annonçait un développement similaire. Bref, c'est l'hécatombe.

 

Pourquoi? Nicholas Hoare est une chaîne de librairies indépendantes canadiennes qui s'est spécialisée dans la littérature britannique. Ce qui l'a fragilisé serait la hausse extravagante des loyers. Le changement de propriétaire (et la hausse de loyer qui s'est ensuivie) était une chose. Mais la hausse du loyer ordonnée par la National Capital Commission en était une autre : ainsi, pour son magasin d'Ottawa, cette hausse fut de l'ordre de 72 %. « Une bombe atomique », résume le libraire.

 

 

Jouer le jeu et s'adapter, suivre la tendance. Une stratégie salvatrice ? 

 

 

 

David Kent, président de HarperCollins Canada, estime pour sa part que le plus gros challenge réside dans le prix des ebooks. « Certaines catégories qui étaient sûres dans le passé pour les librairies sont en train de migrer vers le format numérique... Les indépendants les plus intelligents offrent déjà un mélange de ces deux produits dans leur magasin ». C'est pourquoi il faudra aux libraires la force de s'adapter.

 

La nécessité de s'adapter

 

La stratégie du caméléon s'est avérée payante pour Nicholas Hoare. Ce dernier poste régulièrement des vidéos de lui commentant un livre de son choix, et devisant sur le monde du livre. À première vue, ça ressemblerait presque à un sketch des Monty Pythons, à John Cleese présentant une d'émission où l'un des participants s'apprêterait à dégainer un poulet en caoutchouc.

 

Mais tout cela est très sérieux, puisque ces courtes critiques sont déjà très nombreuses, et lues plusieurs milliers de fois. « Les petites vidéos de trois minutes dans lesquelles je m'habille de façon élégante et m'assieds face à la caméra et bavarde ont connu un succès notable » admet-il. Il faut admettre que si elles ne convainquent pas un très large public, elles ont l'avantage d'aller dans le vif du sujet. Nicholas Hoare affirme ainsi que malgré la fermeture de deux magasins, il continuera d'investir dans le reste de son commerce, et aussi dans son site web. Tout n'est pas perdu.