Les libraires chinois face à l'ère du commerce en ligne

Julien Helmlinger - 06.02.2014

Edition - Librairies - Librairies - Chine - e-commerce


Courant 1992, la libraire Wan Guoying a ouvert sa première boutique dédiée aux passionnés de lecture dans la ville de Nanchang, chef-lieu du Jiangxi, province du sud-est de la République populaire de Chine. Si son commerce a prospéré pendant une vingtaine d'années, lui permettant d'ouvrir d'autres magasins, elle fait désormais partie de ces entrepreneurs qui font face à un nouveau défi : se maintenir à l'ère du e-commerce.

 

 

CC by 2.0 par  bfishadow

 

 

 

Comme le rapporte l'agence de presse Xinhua, ces deux dernières décennies auraient été marquées par un marché livresque chinois en plein essor, notamment en ce qui concerne les titres scientifiques et autres sciences humaines. Un créneau qui aura fait les affaires de Wan Guying, dont la boutique est aujourd'hui l'une des rares librairies privées de Nanchang.

 

Évoquant les souvenirs de ses débuts, la commerçante confie que ses livres se sont toujours bien vendus, et si bien qu'elle a eu les moyens d'ouvrir d'autres librairies dans les environs de l'université. Une expansion qui répondait à une demande locale, mais aujourd'hui les enjeux ne seraient plus les mêmes pour elle et ses pairs libraires.

 

À partir de 2008, la donne changeait sur le marché, avec l'arrivée des e-commerçants, poussant des établissements pourtant célèbres vers la banqueroute. Désormais la libraire travaille avec des pertes annuelles de près de 200.000 yuans. Wan Guying explique : « La tornade internet a juste emporté nos lecteurs au loin. »

 

Une situation qui a conduit les libraires locaux à se mobiliser. En janvier, Wan, qui est directrice adjointe d'une association de détaillants de livres, a lancé une campagne soutenue par non moins de 400 commerces privés qui comme elle souffrent de l'émergence de l'e-commerce. La mobilisation visait à dénoncer l'inaction du gouvernement chinois face à ces difficultés, et appeler l'État à prendre des mesures pour soutenir la librairie.

 

Si le gouvernement chinois a répondu à l'appel, en supprimant les taxes sur la valeur ajoutée concernant les ventes de livres, la mesure s'est avérée insuffisante aux yeux des libraires menacés.

 

Dernièrement, le gouvernement chinois prend les devants, afin d'aider les libraires de son pays. Il a accordé une aide de 90 millions de yuans pour soutenir 56 librairies, une somme destinée à acheter du matériel, des logiciels et payer le loyer de leurs magasins. 

 

Pour Bao Wong, chercheur à l'Académie chinoise de la presse et de l'édition, la concurrence du web serait déloyale et des subventions seraient nécessaires. « Les ventes de livres en ligne s'accroissent, rendant les maisons d'édition de plus en plus dépendantes des e-commerçants. »

 

Wan Guying, quant à elle, sait que face à cette mutation du marché il ne lui restait plus d'autres choix que de faire évoluer son business model. Elle a finalement ouvert un salon de thé dans sa boutique, afin de rendre l'environnement plus relaxant, et multiplie désormais les événements. Elle organise des séances de lecture, conférences de presse, des rencontres avec des auteurs et autres échanges entre passionnés de livres.

 

Cette évolution inspirée par des enseignes comme Eslite ou Page One aurait finalement payé, tandis que la libraire confie : « J'ai l'impression que mon magasin ressemble davantage à un centre culturel désormais. La route sera difficile, mais je vais faire de mon mieux afin de créer davantage de valeur pour mon magasin. »