Les libraires d'Italie souhaitent une législation pour protéger l'édition

Cécile Mazin - 03.03.2016

Edition - Librairies - gouvernement Renzi - libraires Italie réguler - marché livre industrie


Les librairies italiennes interpellent le gouvernement pour obtenir la création d’une législation sur le livre. Rappelant l’existence de la loi du 27 juillet 2011, portant sur la protection du marché, l’Association des librairies italiennes déplore qu’elle n’a jamais atteint les objectifs. Il faut donc remédier à une situation difficile, et passer de nouveau par le processus législatif. 

 

Librairie Feltrinelli Rome

Librairie Feltrinelli de Rome - ActuaLitté, CC BY SA 2.0

 

 

« En réalité, la situation qui s’est installée dans notre marché a vu la fermeture de nombreuses librairies, qui dans certains cas étaient l’unique point culturel de leur territoire. D’autres rencontrent des difficultés, le nombre de lecteurs décline et l’on découvre des méthodes commerciales employées, tout particulièrement par la grande distribution, de même que la concurrence principale de la vente en ligne », explique l’ALI.

 

Les libraires italiens soulignent aussi que des pays comme la France et l’Allemagne ont mis en place des modèles de régulation plus efficaces. Le prix unique du livre français, et du livre numérique, a permis aux librairies indépendantes de se maintenir et de renforcer le niveau de littératie dans ces pays. 

 

Alberto Galla, président de l’Ali Confcommercio, se réjouissait toutefois de découvrir que les nouvelles sont bonnes. En 2015, la lecture était revenue dans le cœur des Italiens : réconfortant, certes « après de nombreuses années de signaux négatifs. De la lecture des données, on voit que le rôle de la famille est un facteur déterminant dans le lien entre l’indice de lecture et un meilleur statut économique ».

 

Il interpellait déjà le gouvernement sur la nécessité de ne pas manquer le rendez-vous, et d'approuver « dès que possible les lois garantissant la déduction fiscale pour l’achat de livre, comme l’a proposé à plusieurs reprises l’ALI ». L’année devait également donner l’occasion d’inciter les institutions à « montrer des signes concrets de soutien à la lecture et porter notre pays à un niveau similaire au reste de l’Europe ». 

 

Au cours de l’année passée, les Italiens sont en effet légèrement revenus vers le livre. Plusieurs indicateurs de l’enquête annuelle de l’Istat montrent que si les années 2011-2013 ont accusé une perte de 2,4 millions de lecteurs, ces derniers reviennent. Doucement, mais on assiste à une croissance de 1,7 % par rapport à 2015. Encourageant. D’autant plus que ces données excluent la lecture de livres numériques. 

 

Une loi de protection et de régulation

 

La législation aujourd’hui réclamée devra s’inspirer des modèles français et allemands, mais également introduire une notion propre à l’Italie. Il s’agit de cette possibilité de déduire de ses déclarations de revenus tout achat de livre. 

 

L’ALI souhaite également un éclaircissement sur les restrictions qui encadrent les campagnes de promotion pour les livres, et que la remise accordée au public soit réduite. Enfin, ils souhaitent que des outils de contrôles et de sanction plus efficaces soient mis en place. 

 

Coïncidence troublante, Denis MacShane, homme politique et auteur britannique, évoquait hier la sortie de l’Europe par la Grande-Bretagne. Une catastrophe pour l’industrie de l’édition, assurait-il, tout en vantant les mérites européens. 

 

« Dans l’ensemble, les règles sur le copyright et les paiements d’auteurs sont plus strictes partout ailleurs dans l’UE que chez nous. Le Prix unique du livre en France et le système de Preisbindung dans le monde germanophone peuvent ne pas être au goût des ultras fanatiques d’un marché libre. Mais je suis disposé à sacrifier un peu de l’idéologie néo-libérale en échange de bons livres, publiés et en vente dans les petites villes, même dans les villages, au-delà de la Manche. »

 

(via ALI)