Les libraires de Gibert Joseph : “Nous ressentons tous un sentiment d’abandon”

La rédaction - 27.05.2020

Edition - Librairies - Gibert Joseph librairies - liquidation judicaire Gibert - librairies Gibert fermeture


Coup de tonnerre durant le week-end : trois librairies du groupe Gibert Joseph allaient être mises en liquidation judiciaire, apprenait ActuaLitté. Une trentaine de salariés, sur les villes d’Aubergenville, Chalon-sur-Saône, et Clermont-Ferrand, était concernée. 

Ces derniers nous adressent un courrier collectif, — près de 400 années d’expérience cumulées — qui a été envoyé au DRH. Il est ici reproduit dans son intégralité.

Gibert Joseph
 
 

Lettre ouverte à notre DRH


Nous avons appris la fermeture de nos trois magasins depuis plus d’une semaine maintenant. Nous pensions être dans une entreprise familiale, qui a un minimum de considération pour ses employés.
 
Vous essayez de nous rassurer en nous disant que nous étions une « super équipe » avec une grande cohésion et qu’on devrait être fiers du travail accompli. Cela ne suffit pas, Monsieur le DRH.

Vous nous dites, les yeux dans les yeux, que vous vous rappellerez de chacun de nos visages de chacun de nos prénoms, mais cela ne suffit pas Monsieur le DRH.

Vous nous expliquez qu’il faut garder espoir, que l’on trouvera un emploi, car on a acquis des compétences, mais cela ne suffit toujours pas, Monsieur le DRH. 

Nous étions au magasin d’Aubergenville, de Chalon-sur-Saône et de Clermont-Ferrand un peu comme chez nous parce que c’était notre univers, notre projet, nos espoirs. Nous sommes sidérés de votre façon de faire, vous nous expliquez en une heure que tout est fini alors que la majorité d’entre nous compte entre 10 et 43 ans d’ancienneté.

Nous allons nous retrouver du jour au lendemain dans un marché de l’emploi plus que jamais sinistré, au cœur d’un secteur d’activité qui va mal. Nous ressentons tous un sentiment d’abandon. Vous nous dites que pour gérer notre licenciement nous ne devrons pas compter sur Gibert puisque c’est l’administrateur judiciaire qui s’en chargera... Cela ne nous rassure pas non plus.

Agir ainsi ne reflète ni la culture d’entreprise ni les valeurs véhiculées par Gibert.

Nous espérons sincèrement que vous entendrez notre requête et que vous saurez réparer cette situation en nous accompagnant davantage, en nous octroyant une indemnité supralégale qui nous permettrait d’envisager avec dignité les prochains mois qui s’annoncent difficiles. Nous pensons que c’est la moindre des choses après tout ce que nous avons accompli pour le groupe. 

Nous nous adressons aujourd’hui au directeur des ressources humaines, car nous savons que sous la casquette de DRH, se trouve un homme qui comprend parfaitement la situation et qui ne l’accepterait pas, si nos rôles étaient inversés.

Jean-Philippe Baré, 25 ans d’ancienneté (Clermont)
Laura Boudier, 4 ans d’ancienneté (Aubergenville)
Franck Bourillon, 4 ans d’ancienneté (Aubergenville)
Magalie Commaret, 8 mois d’ancienneté (Chalon-sur-Saône)
Nicolas Convard, 3 ans d’ancienneté (Clermont-Ferrand)
Colette Coutant, 31 ans d’ancienneté (Clermont-Ferrand)
Bernadette Da Silva, 20 ans d’ancienneté (Clermont-Ferrand)
Serge Descos, 28 ans d’ancienneté (Clermont-Ferrand)
Vincent Geneix, 27 ans d’ancienneté (Clermont-Ferrand)
Isabelle Giorgi, 23 ans d’ancienneté (Chalon-sur-Saône)
Isabelle Goigoux, 28 ans d’ancienneté (Clermont-Ferrand)
Pauline Gondouin, 10 ans d’ancienneté (Aubergenville)
Frederic Hébrard, 14 ans d’ancienneté (Clermont-Ferrand)
Laurent Joal, 20 ans d’ancienneté (Clermont-Ferrand)
Dorothée Leconte, 5 ans d’ancienneté (Aubergenville)
Cécile Lemaire, 11 ans d’ancienneté (Chalon-sur-Saône)
Sébastien Maillot, 10 ans d’ancienneté (Aubergenville)
Laure Mayer, 20 ans d’ancienneté (Chalon-sur-Saône)
Sofia Mendes Pires, 28 ans d’ancienneté (Aubergenville)
Sylvie Perrin, 17 ans d’ancienneté (Clermont-Ferrand)
Cécilia Ridet, 1 an d’ancienneté (Chalon-sur-Saône)
Valérie Roche, 31 ans d’ancienneté (Clermont-Ferrand)
Sandrine Roy, 18 ans d’ancienneté (Clermont-Ferrand)
Sophia Tadrist, 26 ans d’ancienneté (Aubergenville)
Catherine, 15 ans d ’ancienneté (Chalon-sur-Saône) 



Sollicitée par ActuaLitté, la direction du groupe a indiqué qu'elle serait en mesure de communiquer des informations début juin. 
 

mise à jour 28/05 :


Les tribunaux de commerce de Chalon-sur-Saône et Versailles viennent de se prononcer sur le sort des établissements de Chalon et Aubergenville. Si dans le premier cas, un délais d'un mois reconductible a été obtenu, le sort de la seconde librairie est définitivement scellé.

Illustration : ActuaLitté, CC BY SA 2.0

Dossier -  Liquidation, prudence, salariés : les librairies Gibert Joseph en question


Commentaires
Une grande tristesse. Il ne faut pas que Gibert disparaisse comme ça. On peut pas s'en passer

..
Ce qui me désole, c’est qu’il n’y a plus de librairie à moins de

15 km... Et après, on veut que les gens lisent, on veut que les élèves se procurent les livres demandés par leurs professeurs facilement... Est-ce à Carrefour qu’ils vont pouvoir commander un livre?! Que les parents vont pouvoir trouver un cahier d’exercices pour soutenir leur enfant?! Nous avons de multiples magasins de mode, de multiples banques ou agences immobilières, de multiples centres commerciaux... et un désert culturel! Cela m’écœure!
Et hop encore un lieu de culture et de création qui disparaît. Quel type de magasin allons nous voir s'ouvrir ?

Pourquoi notre ville est elle victime de cette épuration intellectuelle ?

Gibert était un lieu de passage obligé de ma semaine, offrant la possibilité d'acheter des livres, CD, DVD et BD pour une somme pas trop élevée, il va me falloir aller à St Germain, Versailles ou encore Paris et m'adresser à des vendeurs inconnus. Messieurs les bureaucrates vous êtes des NULS et je me retiens....... Et je suis certaine que le confinement a été l'occasion inespérée pour mettre à exécution votre plan, qui devait patienter sur votre bureau. Argent, bénéfices, rentabilité et tous les autres merci de nous rendre incultes. Bonne route aux victimes de ce coup de balai, en espérant vous revoir dans une autre librairie
Bonjour, il est triste que 3 librairies du groupe Gibert Joseph soient mises en liquidation judiciaire. Malheureusement, on le voit, la crise du coronavirus a accéléré la chute d'entreprises déjà fragiles. En revanche cela n'empêche pas l'employeur de faire preuve d'humanité envers ses salariés, et je suis tout à fait solidaire de la lettre ouverte dès salariés qui ont eu le courage de la signer. Il est vrai que l' employeur, qu'il s'agisse de Gibert Joseph ou Gibert Jeune repris par le premier en 2018 n'a jamais été très social : en 1986, suite à un incendie sur le magasin place Saint Michel, Gibert Jeune licencie sans aucun dédommagement les 81 salariés de l'établissement. Début 2017, Gibert Joseph licencie un salarié syndicaliste, provoquant une grève des salariés. La dégradation des conditions de travail a été constante, certains collègues salariés comparant la librairie à une caserne. Il faut se battre pour avoir ses droits, et que les clients montrent leur solidarité.
L’entreprise a-t-elle les moyens de financer un plan social ?

Dans un autre article, on parle de démantèlement de l’enseigne... Les librairies sont elles en danger ?
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