Les libraires et les éditeurs veulent une 'lecture équitable'

Clément Solym - 29.03.2012

Edition - Economie - lecture équitable - livres d'occasion - piratage


The Literary Platform s'est fait le relais des rêves les plus fous des éditeurs et des libraires en publiant un article relatif à la « lecture équitable », soit la possibilité d'inculquer aux lecteurs des réflexes éthiques. Ces habitudes pourraient pousser les consommateurs à se tourner vers les revendeurs de proximité, quitte à ajouter quelques euros ou dollars dans la balance. Mais un modèle plus ou moins viable dans l'alimentaire ou l'habillement peut-il vraiment convenir aux produits culturels ?


« L'entente est meilleure entre les écrivains, les éditeurs et les agents, mais cela ne change rien au fait que le prix des livres tend de plus en plus vers la gratuité, aussi bien au travers du piratage que de politiques tarifaires agressives » peut-on lire en préambule au compte-rendu d'une rencontre organisée par la National Association for Literature Development (NALD), et consacrée à la lecture équitable.

 

Le Fairtrade pour les livres, c'est coton

 

Le concept : « éduquer le lecteur pour qu'il injecte des considérations éthiques dans ses habitudes d'achat », un objectif atteint par plusieurs librairies locales, d'après l'American Booksellers Association. « Celles qui ont mis l'accent sur « l'achat local » ont vu leurs revenus augmenter d'environ 5,6 % contre 2,1 % de hausse pour celles qui n'avaient pas adopté cette approche. Ces études montrent l'apport positif de l'achat local, plus bénéfique à l'économie que la vente au détail des chaînes. »

 

Même si, évidemment, la lecture équitable serait la panacée en matière de rémunération pour l'éditeur et l'auteur, le problème reste entier : les structures équitables nécessitent des coûts bien supérieurs à celui d'un système commercial habituel, et ces coûts se répercutent bien sûr sur le prix final du produit. Dans une société du tout gratuit, ou au moins du low-cost (créée non pas par le consommateur, mais par la réduction de son pouvoir d'achat), difficile d'inciter à l'achat éthique. D'autant plus que les produits culturels restent les mêmes, et ne bénéficient pas forcément du « bonus qualité » attribué aux produits équitables dans l'alimentaire ou l'habillement.

 

La solution semble presque un peu facile : pour pallier manque de réactivité et à l'opacité du circuit commercial du livre, faire payer les lecteurs ne semble justement pas très « éthique ». Pour beaucoup de lecteurs, la décision d'acheter ou non, quel que soit le réseau utilisé, dépend avant tout du service qui accompagne le produit. Sur Techcrunch, un anonyme partage ainsi son expérience du piratage et de l'achat.

 

Se décrivant lui-même comme « paresseux », il note que le téléchargement illégal des jeux vidéo était une habitude pour lui jusqu'au moment où il a découvert la plateforme Steam, de l'éditeur vidéoludique Valve. Ne tarissant pas d'éloges sur le système d'achat proposé par l'éditeur, il en souligne l'accessibilité, l'ergonomie (les jeux sont stockés dans le cloud) et la facilité d'utilisation. De petits détails, par exemple la possibilité d'offrir un jeu en cadeau à un ami, ou de courtes périodes promotionnelles, l'ont fait dépenser 50 $ en quelques jours. Pas mal pour un pirate. 

 

Le redressement judiciaire du réseau de magasins Game en Grande-Bretagne a été l'occasion d'établir un parallèle entre le marché du jeu vidéo et celui des livres, similaires en bien des points. L'une des causes de la chute de Game est bien la dématérialisation des réseaux d'achat, et la chaîne a été incapable de proposer une plus-value pour l'achat « physique », tout en ignorant les nouveaux acteurs du marché vidéoludique (jeux flash, mobiles, tablettes...).

 

L'auteur britannique Ewan Morrison a donné son avis sur le sujet, à la demande de la NALD, et c'est sans tergiverser qu'il prédit l'échec de la lecture équitable : « La consommation éthique n'est pas viable parce qu'elle repose beaucoup trop sur les épaules du consommateur, déjà contraint par le temps et l'argent, mais surtout parce que le système consumériste lui-même se soucie trop peu des considérations éthiques. » (l'ensemble de son argumentation est disponible ici)

 

Tous pourront se consoler en regardant cet OVNI audiovisuel, un spot destiné à lutter contre le piratage... via les floppy discs, c'est-à-dire les disquettes. Ça sent bon la boîte à rythmes du rap début 90's, et ça peut toujours donner des idées à Hadopi. 

 

Ah, mince, ils l'ont déjà fait