Les libraires ont (encore) la pèche : Lignes d'Horizons sonne la résistance

Mimiche - 29.03.2016

Edition - Librairies - libraire dessinatrice - résistance village - librairie Lignes d'Horizons


Depuis des années, la librairie Lignes d’Horizons est installée sur la Place du Général de Gaulle à Saujon (Charente-Maritime). Anciennement Place de l’Église, en fait. Autrefois, dans les villages, la mairie et l’église se faisaient souvent face  : le sabre et le goupillon comme le chantait Jean Ferrat. Là, la mairie est à l’autre bout de la Rue Carnot : les édiles ont dû considérer qu’il fallait contrebalancer le goupillon de l’église par le sabre de de Gaulle !!!...

 

 

 

La librairie en a fait le tour de la place. Et de l’église  ! La voilà à son troisième emménagement dans de nouveaux locaux plus spacieux, plus largement ouverts vers la place grâce à une immense vitrine lumineuse.

 

Danièle, la libraire, est fière de sa nouvelle installation qui s’inscrit dans un long travail d’insertion dans le tissu local, d’animation et de promotion du livre, de la lecture et de la culture.

 

Dans un village de 7000 âmes, il fallait y croire. Elle y a crû, s’y est investie, a créé un microcosme autour d’elle, a participé à la vie du village, à l’animation culturelle de la place publique — sans référence ni au sabre ni au goupillon — avec les Horizons pour seule perspective.

 

Créer un prix « Lignes d’Horizons » destiné à récompenser le travail de tout petits éditeurs avec la participation d’un comité de lecture soumettant au vote de lecteurs anonymes l’appréciation de leur travail d’édition est quand même fort de café et fort gonflé  ! Tout cela se terminant dans une sorte d’assemblée générale où éditeurs et public de lecteurs pouvaient échanger sur le travail des premiers et la perception de celui-ci par les seconds sans que le couronnement de l’un ou de l’autre soit, au fond, si fondamental.

 

Faire venir des auteurs pour dédicacer leurs œuvres est un pari au moins aussi étonnant pourtant également couronné de succès.

 

Samedi, c’était Pascaline Mitaranga qui officiait pour une « Rencontre et Dédicace  » autour de l’ouvrage qu’elle a cosigné avec Vanessa Solignat, Dame Cigogne  : Mission Terre d’Afrique, un conte pour enfants aux Éditions Millefeuille. Les murs de la librairie étaient décorés des planches originales  : elles resteront exposées là jusqu’au 13 avril. Courez-y  ! Un succès puisque la dessinatrice a eu juste assez d’exemplaires pour les amateurs  : moi-même suis arrivé un peu tard  !

 

Un joli coup de crayon qu’elle a, Pascaline  ! Avec un bestiaire fort coloré, un peu naïf, mais plein de vie et de clins d’œil malicieux.

 

C’est certainement cela qui a séduit Danièle  ! Elle a confié à Pascaline la création d’une fresque originale et délicieuse pour orner la façade de la maison où, au rez-de-chaussée, trône la librairie. Des motifs où la lecture s’associe au plaisir, à la détente, à la simplicité et au partage y compris générationnel. Une œuvre douce et pourtant imposante qui prend appui sur l’architecture de la façade pour interpeller le passant et lui signaler l’activité des lieux. Un peu comme les enseignes d’autrefois qui identifiaient le cordonnier, le boulanger ou le maréchal ferrant.

 

 

 

Une association qui fait mouche entre l’artiste et la libraire. Une initiative qui, sans être extravagante, n’en est pas moins audacieuse, remarquable et digne d’intérêt.

 

Nombreuses sont certainement les initiatives similaires à se multiplier ici et là. On ne peut que les louer. On ne peut que les encourager.

 

En poussant la porte de la librairie...

 

À l’heure où les hautes sphères de l’État se vendent à Amazon, il est bon de retrouver l’odeur des livres, les conseils de la libraire ou la parole des auteurs-artistes.

 

Histoire de faire un pied de nez à la politique commerciale des rouleaux compresseurs dont les ambitions économiques ne sont certainement pas totalement du côté du plaisir des lecteurs ni du contact humain.