"Les librairies Chapitre ne sont pas enterrées" (direction)

Nicolas Gary - 29.11.2013

Edition - Librairies - librairies Chapitre - cessation de paiement - tribunal de commerce


La cessation de paiement que le réseau des librairies Chapitre fera examiner lundi par le tribunal de commerce de Paris est un mauvais tour pour l'entreprise. 53 établissements sont concernés, ainsi que 1200 salariés. La fragilité du secteur de la librairie se confirmerait une fois de plus - même si le site internet, Chapitre.com, n'est pas concerné par ce dépôt de bilan. 

 

 

 

 

Pour les représentants syndicaux, il s'agit d'une conséquence logique des actions menées jusqu'à présent. Catherine Cheylat, de la CGT, explique à l'AFP : « Ce sont des liquidateurs, ils ont liquidé. Nous sommes dans le plus grand écœurement. Nous avions dénoncé les choses depuis très longtemps. » 

 

Le reproche majeur est adressé au fonds d'investissement Najafi, qui avait repris Directgroup (France Loisirs, Chapitre, etc.) fin mai 2011 à Bertelsmann. C'est de la colère que ressentent les élus du personnel, alors que l'actionnaire unique du groupe « ne veut pas donner un sou ». 

 

Fin septembre, le président des librairies Chapitre, Michel Rességuier, expliquait à ActuaLitté que le groupe cherchait à pérenniser l'entreprise, et que Jahm Najafi, l'investisseur laissait toute latitude pour ce faire. « En tant que fonds d'investissement, il attend un retour tout à fait légitime sur la société dans laquelle il a investi. Mais ce n'est pas l'actionnaire qui va décider ce que l'on va faire pour les librairies Chapitre. »

 

Pourtant, en l'absence de réaction de la part de l'investisseur, la décision de vendre les librairies Chapitre était devenue la solution unique. Et surtout, un moyen de mettre un terme au Plan de sauvegarde de l'emploi alors lancé en avril, qui visait la fermeture ou la vente de 12 librairies, et par conséquent la suppression de 271 postes. 

 

Aurélie Filipetti était intervenue dans le débat, souhaitant que les fonds promis, notamment pour la reprise de librairies, puissent servir au rachat des établissements aujourd'hui mis en vente. Une intersyndicale a été reçue la semaine passée par le ministère de la Culture. Ce dernier, une fois de plus, a assuré être « très attentif autant sur le dossier général de Chapitre qu'à la reprise des librairies une par une », sachant que chaque établissement fait l'objet d'un examen individuel. 

 

"Les librairies ne sont pas enterrées"

 

De son côté, le Syndicat de la librairie française considère que le sauvetage des établissements ne pourra passer que par la reprise des librairies, au travers d'indépendants. « On ne peut que regretter la cessation de paiement de cette chaîne. Mais le fonctionnement d'une chaîne, c'est la rationalisation à tout-va, de façon centralisée, et l'on voit que ça ne marche pas », assure le SLF. 

 

Et d'ajouter : « Il faut qu'elles redeviennent indépendantes, qu'il y en ait un maximum qui soient reprises en librairie indépendante pour pouvoir repartir. Ce sont de très belles voitures en panne, si on met la bonne essence, avec un changement d'offre et de fonctionnement, ça redémarrera ! » 

 

C'est pourtant bien le projet que Michel Rességuier souhaitait mettre en place. Sollicité par ActuaLitté, il insistait sur ce point : « Aujourd'hui, assurer la rentabilité des librairies du réseau ne peut passer que par une indépendance, que ce soit en termes de management, d'animation, vis-à-vis des pouvoirs publics, ou encore de l'accès aux aides de l'ADELC. »

 

Le risque, pour la vente de livres au détail en France, est cependant réel : Actissia est le deuxième acteur dans la distribution de livres. Joint ce matin par téléphone, le président des librairies Chapitre regrette certains titres dans la presse : « Les librairies ne sont pas enterrées, et il faut comprendre que notre décision de se placer en cessation de paiement est une procédure destinée à accélérer la démarche des reprises. Quand on cède un fonds de commerce, les actes notariés sont infiniment longs, le travail administratif prend plusieurs mois... »

 

En l'occurrence, la procédure judiciaire permet aux librairies de profiter de la protection du tribunal pour durer plus longtemps, mais offre également une solution de reprises plus rapide. « Nous ne sommes pas exonérés de tout le travail de notariat, mais la transmission est bien plus rapide. » Pour Michel Rességuier, toute la tension actuelle découle de ce qu'il faille accélérer  la mise en vente. « Un an plus tôt, tout cela aurait été moins difficile, moins dur pour les salariés. Avec plus de temps, cette démarche aurait été plus douce. »

 

Surtout que les éditeurs, assure-t-il, ont apporté leur soutien. Et que les ministères concernés « sont très vigilants au sort de la librairie indépendante, et donc de la vente des librairies de notre réseau ».