Les librairies et l'accès au livre dans les départements d'Outre-mer

Julien Helmlinger - 02.10.2014

Edition - Librairies - Rapport interministériel - Accès à la culture - Librairie


Par lettre de mission du 16 décembre 2013, les ministres de l'Intérieur, de la Culture et de la Communication ainsi que des Outre-mer ont confié à l'Inspection générale de l'administration et l'Inspection générale des affaires culturelles la charge de concocter un rapport d'expertise. Celui-ci, remis au gouvernement en juillet, est signé des auteurs Corinne Desforges et Fançois Hurard. Le document est désormais téléchargeable, et porte sur l'état jugé « contrasté », de la librairie et de l'accès au livre dans les DOM.

 

 

Madame la ministre des Outre-mer

 

 

Pour ce faire la mission a interrogé divers acteurs présents en Outre-mer et mené son enquête de terrain plus approfondie aux Antilles, début mars. Sous forme de questionnaire elle a rassemblé un certain nombre de données mettant en relief la situation économique et financière des librairies les plus impliquées dans la diffusion du livre en ces territoires français, notamment en comparaison aux constats d'une précédente mission, datant de 2001.

 

Un bilan contrasté, avec ses points positifs

 

Au rang des éléments jugés positifs est pointé le « maintien, en dépit de circonstances économiques qui n'ont pas toujours été favorables, d'un réseau de librairies encore actif et important dans chacun des départements ultramarins, le plus souvent dirigées et animées par des professionnels qui ont la passion de leur métier et le souci de transmettre leur amour du livre et de l'écrit, en dépit de la fragilité économique à laquelle est exposée leur activité ».

 

Par ailleurs, l'équilibre économique ne nécessiterait pas de réforme majeure. Celui-ci s'étant établi autour d'un dispositif reposant d'une part sur une majoration modérée du prix du livre non-scolaire (celui des livres scolaires est désormais le même qu'en métropole), et, d'autre part, sur une subvention au transport, dont les rapporteurs estiment qu'elle demeure indispensable.

 

Le ministère de la Culture prend à sa charge la baisse du prix des livres scolaire, et la gestion de la subvention au transport est déléguée à la Centrale de l'édition, qui assurerait de manière efficace le groupage des expéditions vers les DOM. Quand les services et opérateurs de l'État (SLL, DAC, CNL et DGOM) seraient réellement mobillisés dans cette diffusion du livre dans les DOM.

 

Mais aussi des chantiers à entreprendre

 

Le rapport dénonce néanmoins une mise en place laborieuse d'une politique du livre dans les DOM, avec ses heurts et ses inachèvements. Ainsi les libraires feraient face à des difficultés récurrentes, dont certaines déjà pointées en 2001. Les rapporteurs estiment que les modes d'accompagnement et de soutien aux libraires locaux devraient être diversifiés pour ne pas couvrir que le transport.

 

Parmi les pistes visant à améliorer la situation économique de ces professionnels, le rapport suggère notamment « l'allègement de charges spécifiques dont la justification est sujette à interrogation », mais aussi « une harmonisation de la fiscalité du livre dans les DOM », ou encore « un accès à la défiscalisation » pour inciter ces entreprises à se moderniser.

 

Le rapport préconise encore une mise à jour de l'aide au transport, qui devrait être complétée par l'incitation des libraires des DOM à recourir au dispositif d'aides récemment étoffé dans le cadre du plan librairie, afin de diversifier et de mieux individualiser les soutiens aux entreprises.

 

 

 

Trois autres chantiers sont décrits comme importants à entreprendre : celui de l'organisation du marché des livres scolaires, qui passe par une meilleure anticipation de la commande des manuels à travers des prescriptions décidées plus tôt dans l'année par le corps enseignant. Un moyen de limiter et de réduire le coût du transport des livres scolaires, et qui passerait aussi par la définition d'une politique d'achat ou d'aide aux familles de la part des collectivités territoriales et des rectorats.

 

Le second chantier, et non des moindres, est celui du livre numérique, toujours difficilement accessible dans les DOM et ce même auprès des cybermarchands français pour des questions d'adresses IP. L'avantage de l'ebook pour les habitants ne serait pourtant pas des moindres, en termes de prix et de facilité d'accès. Pour Corrine Desforges et François Hurard, les librairies d'Outre-mer devraient désormais « devenir les médiateurs du livre numérique auprès de leur clientèle ».

 

Les rapporteurs bottent plus ou moins en touche : « Il conviendrait qu'un groupe de travail sous l'égide des ministères de la Culture et de la Communication (SLL) et des Outre-mer (DGOM), associant le Syndicat national de l'édition (SNE), le Syndicat de la librairie française (SLF) quelques libraires en ligne et opérateurs techniques prestataires pour les libraires (Numilog, e-Pagine, Mo3T) s'attache à définir conjointement les conditions de résolution de ce problème technique. »

 

Le dernier grand chantier suggéré concerne l'établissement d'un partenariat durable entre l'État et les régions ultramarines, qui pourrait « aboutir à la conclusion rapide de contrats de progrès pour l'économie du livre, ouvrant la voie à une meilleure coordination et à une réelle complémentarité des actions menées en faveur du livre dans les DOM, dans l'esprit de la continuité territoriale, et d'un accès plus aisé des ultramarins à la diversité de la production éditoriale, dont les libraires demeurent aujourd'hui les garants ».