Les librairies italiennes face à la pandémie : la vitalité suffit-elle ?

Federica Malinverno - 16.11.2020

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Pour la deuxième fois en moins d’un an, l’Italie a adopté un confinement, mais, par rapport au printemps dernier, tout le territoire n’est pas impliqué (pour l’instant) et les librairies sont ouvertes. Cela sera-t-il suffisant pour sauver les librairies italiennes ?

Libreria Feltrinelli di corso Mazzini


Partout dans le monde les libraires ont dû adapter leur travail aux restrictions imposées suite à la pandémie de Covid-19. Ils ont fait preuve de résilience et enthousiasme et ont su monter de nouvelles initiatives pour promouvoir le livre et continuer à exercer leur travail de vendeurs et conseillers, en deux mots, d’opérateurs culturels. 

De nombreuses initiatives ont vu le jour en Italie pour faire face à cette nouvelle situation : le premier e-commerce des librairies indépendantes, Bookdealer, et, ces derniers jours, la campagne organisée par l’AIE (Asociazione Italiana Editori) et l’ALI (Associazione Italiana Librai) pour inviter les Italiens à acheter avant Noël les livres qu’ils voudraient offrir pour les fêtes.

De plus, en septembre dernier, les librairies étaient en reprise, comme le confirment les données de plus de 1800 librairies, physiques et numériques, du circuit Arianna qui ont enregistré pour la première fois de l’année en septembre 30 jours en termes positifs, avec des ventes en hausse de 0,3 % par rapport à l’année précédente (données du rapport de l’AIE 2020). 

Le 3 novembre un nouveau Décret du Président du Conseil des ministres (DPCM) a établi la fermeture de certaines régions italiennes devenues des zones rouges ; heureusement, les librairies sont restées ouvertes. Comment se passe le commerce dans ces zones rouges ? Comment survivent les librairies à la menace d’une nouvelle fermeture ? 
 

Mesures sanitaires et importance du e-commerce


L’enjeu est de taille. Francesco Riganti, directeur marketing de Mondadori Retail, rappelle au Giornale della Libreria que « le mois de décembre, et en particulier la période de Noël, est une période très importante pour la vente de livres : elle vaut deux à trois fois un mois normal ». Le groupe a donc adhéré à la campagne de l’AIE et assure maintenant la vente des livres dans des espaces sécurisés, dans le respect des consignes sanitaires. 

À Milan, Manuela Stefanelli et Enrico Carrara, qui dirigent la grande librairie Hoepli (57 salariés) évoquent, toujours au Giornale della Libreria, un scénario « qui rappelle les jours de mars : pour le moment, s’il n’y avait pas de vente en ligne, il n’y aurait pas de conditions préalables pour rester ouverts. Les Milanais ne vivent pas au centre-ville, ils viennent ici pour travailler et, avec les bureaux fermés, le flux est presque nul. En ce sens, les librairies de quartier sont avantagées, et nous sommes heureux pour elles, c’est une bonne nouvelle, mais pour nous c’est très difficile. Je me rends compte que nous sommes privilégiés par rapport à ceux qui doivent rester fermés, mais en réalité c’est difficile ». 

En effet la vente en ligne s’est révélée un des canaux alternatifs préférés par les acheteurs, qui ont su profiter de ce service pour pouvoir se procurer des livres rapidement et efficacement. Les difficultés pour les librairies de centre-ville sont liées au fait que ces lieux ne sont pas résidentiels et restent vides lorsque la population ne se déplace plus pour le travail. 
 

Entre téléphone et WhatsApp : l'enjeux “multicanal”


En plus de la vente en ligne, qui semble donc un outil indispensable, les librairies ont redécouvert un autre moyen de communication pour maintenir le contact avec les lecteurs : le téléphone. C’est encore le cas de la librairie Hoepli : « Avant la fermeture, la compétence des libraires était l’une de nos grandes forces, maintenant c’est la seule chose qui nous sauve. » En effet c’est par téléphone que les libraires continuent à exercer leur activité de conseil avec les lecteurs.

Les librairies du réseau Feltrinelli ont également activé un service national via Whatsapp, grâce auquel les clients peuvent demander des informations sur les livres, les réserver et les recevoir chez eux. « C’est un moyen d’éviter les files d’attente et les rassemblements à ce stade et de prolonger sous forme numérique l’expérience du conseil en librairie », explique Feltrinelli Bari à la Repubblica. Les livres peuvent être soit retirés directement à la librairie, soit livrés à domicile. Le catalogue est disponible sur le site lafeltrinelli.it.
 

Quand l’événementiel devient virtuel


Les événements en ligne sont ensuite un autre moyen fondamental pour maintenir vivants ces lieux culturels que sont les librairies. C’est un atout pour les libraires, afin de garder le lien avec les clients, et de la part des éditeurs et auteurs pour continuer à faire la promotion de leurs ouvrages.

Le réseau de librairies du groupe Mondadori organise des événements en streaming ou via les réseaux sociaux en direct, qui permettent d’atteindre un public très nombreux. « Avant la pandémie, nous avions une salle qui pouvait accueillir jusqu’à 100 personnes, désormais 30 avec les nouvelles règles de distanciation. Grâce aux événements sociaux, nos rendez-vous numériques touchent un public de 6000 à 7000 personnes », explique le directeur du mégastore Mondadori de la Piazza Duomo de Milan, Roberto Bardini, au Giornale della Libreria.
 

Un dynamisme insuffisant ?


Les petites librairies s’organisent en réseaux de quartier, en collaborant parfois avec d’autres commerces ; à une autre échelle, celle de grands groupes éditoriaux, le mot d’ordre est « multicanal », avec des systèmes de vente en ligne très efficaces. 

Cependant, pour tous ces modèles, la situation semble difficile, comme le confirme à Il Giornale della Libreria Paolo Ambrosini, président de l’ALI, « l’ouverture de librairies dans les zones rouges est une activité de service en faveur du livre et de la lecture, mais avec peu de retombées commerciales, sauf dans des cas particuliers. Cela sert certainement à maintenir un fil conducteur entre les lecteurs et les libraires ». 

Tous les libraires interrogés par le même journal font état de deux mois — septembre et octobre — très positifs, dans certains cas supérieurs aux chiffres de 2019. Cependant, avec le nouveau confinement qui se profile et qui pourrait s’étendre à toute l’Italie, la situation semble devenir de plus en plus sombre. 


Crédit photo : Libreria Feltrinelli di corso Mazzini (Consenza, Calabre) - Simone Ramella CC BY 2.0


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