Les librairies Oxfam accusées de ne pas payer assez d'impôts

Louis Mallié - 05.03.2014

Edition - Librairies - Oxfam - Organisation humanitaire - Member of the Parlements


La société humanitaire anglaise Oxfam a été pointée du doigt par le dernier rapport d'un comité composé de membres du Parlement . Motif invoqué : l'organisation bénéficierait d'importantes réductions d'impôts,  bien que possédant plus de librairies que la grande firme anglaise Waterstones...

 

 

Oxfam Humankind bag at Latitude 2010(Howard Lake, CC BY-SA 2.0 )

 

 

Le principe est simple : proposer des livres allant du plus simple au plus prestigieux à des coûts réduits. 84 % des bénéfices vont directement à l'aide au développement pour les pays émergents, 9 % sert aux frais directs (salaires, locaux, etc.) et 7 % sont investis pour générer des revenus à long terme. L'efficacité du procédé est indéniable : près de 4,3 millions de personnes dans le monde bénéficient de soins financés par les librairies, 2,6 millions d'améliorations sanitaires, et 700.000 de subventions pour le développement de champs et cultures diverses. 

 

Pour autant, le système qui a permis de générer de tels profits a été critiqué par les membres du Parlement britannique qui ont demandé au gouvernement de préciser la définition des commerces caritatifs. Le rapport dans lequel la requête a été formulée a pris soin de préciser le grand rôle joué par les « Dorkings Bookstore » d'Oxfam .

 

Pour autant il ajoute : « Les commerces caritatifs bénéficient de 80 % d'exonération, et cette couverture présente des lacunes qui pourraient être exploitées par des organisations se prétendant à vocation caritative. Ces magasins sont également susceptibles de grever les autres, et spécialement les librairies, qui sont contraintes de payer la totalité de leurs impôts. » 

 

Le chef exécutif des libraires d'Oxfam a immédiatement réagi : « La définition d'un commerce caritatif est très claire dans dans la législation, qui statue que vous devez vendre des articles qui vous ont été majoritairement donnés, et que le bénéfice réinvesti dans les oeuvres de charité est en droit de demander un certain taux d'exonération »

 

Quant aux librairies menacées, celui-ci a déclaré que les commerces caritatifs ne changeaient rien à la donne. Bien au contraire, ces derniers apporteraient stabilité dans le champ des grands magasins au sein « d'un climat économique difficile. »

 

Le mois dernier le "Calderdale Borough Council" s'est arrogé le droit de mettre fin à ce type d'exonération dans le Yorkshire.  Les sociétés concernées étaient les organisations humanitaires possédant des boutiques possédant un fond de commerce supérieur à 50 000 £. Déjà l'an dernier le gouvernement avait tenté d'amender les taux d'exonération de cette catégorique de commerce, avant de faire immédiatement marche arrière après de violentes réactions.

 

Les critiques contre Oxfam ne datent cependant pas d'hier : déjà en août 2009, on reprochait aux établissements de tuer le marché du livre d'occasion, en reprenant gratuitement les livres, mais en les revendant, également, à des prix particulièrement attractifs pour les clients.

 

Alors que plusieurs boutiques d'occasion proposent des poches à tarif très réduit mais également des livres rares, la crise fait que les gens n'achètent plus vraiment les seconds, trop chers. Et qu'ils se tournent vers Oxfam, qui vend clairement les premiers à des tarifs agressifs.

 

Un constat que la Provincial Booksellers Fairs Association (600 adhérents) avait alors établi partout dans le pays : selon elle, les dons qui constituent les stocks de certaines boutiques rendent le commerce particulièrement douloureux.

 

Quoi qu'il en soit, Oxfam semble bien décidé à tout faire pour conserver un privilège qui est le ferment de son efficacité.