Rentrée littéraire : La fashion week des libraires

Les librairies s'appuient sur le crowfunding pour leur trésorerie

Antoine Oury - 05.03.2014

Edition - Librairies - librairie - crowdfunding - réseaux sociaux


Les librairies rencontrent des problèmes de trésorerie, et les banques rechignent de plus en plus à aider des commerces dont les marges et bénéfices sont très maigres. La question de solliciter, ou non, les clients de la librairie pour la faire perdurer a surgi depuis quelques mois, mais devaient désormais une solution envisageable. Grâce au financement participatif, un certain tabou est en train de se lever.

 


Librairie Le Bleuet, via sa page Facebook

 

 

Lors des Rencontres de la Librairie de Bordeaux, en juin 2013, au cours d'une table ronde sur l'essoufflement de la trésorerie du libraire, la possibilité de s'appuyer sur les prêts ou contributions des clients les plus fidèles avait été évoquée. Le Syndicat de la Librairie Française avait alors conseillé d'éviter au maximum l'endettement auprès des clients, même s'il s'exécute dans un cadre sympathique et solidaire.

 

Cependant, et tandis que la situation devient de plus en plus délicate pour des librairies isolées, les propriétaires se tournent volontiers vers le crowdfunding pour redonner un peu de souffle aux finances. Dans le cadre d'une reprise sous forme de coopérative, 13 employés de la librairie Les Volcans de Clermont-Ferrand, ex-Chapitre, ont ainsi réussi une opération de collecte de fonds pour mener à bien cette entreprise.

 

Pour assurer le succès d'une collecte participative, la visibilité de l'enseigne est indispensable : l'usage des réseaux sociaux peut alors s'avérer payant, comme pour ce libraire britannique qui a posté des messages de détresse sur son profil Facebook. Exposant clairement les finances de la boutique, il soulignait avoir besoin de vendre, plus que jamais, et invitait ses clients à venir acheter un livre en guise de soutien. Son appel avait alors été entendu, menant à des recettes 400 fois supérieures à celles du mois précédent, en deux jours à peine.

 

Si la mise à contribution des clients faisait encore figure d'événement l'année dernière, elle se généralise depuis quelques semaines. Ce qui n'est pas forcément bon signe, même si les opérations ont pour le moment rencontré leur public. La fermeture de la seule librairie de la ville, généralement, parvient à suffisamment émouvoir les habitants ou occupants d'un territoire pour les mobiliser. C'est visiblement le cas à Bar-le-Duc, où la fermeture de la dernière librairie a finalement mené au projet d'ouverture d'une nouvelle boutique. Un appel aux dons, à nouveau, est envisagé.

 

 

 

 

La librairie Le Bleuet, à Banon, vient elle aussi de créer sa page Ulule. Et, pour maximiser les chances de réussite, l'équipe derrière l'opération a mis en place « un plan d'action », qui comprend l'embauche d'un attaché de presse spécialisé et une promotion assez dense, à base de vidéos des personnalités qui soutiennent le projet.

 

Reste à voir, avec le temps, si les clients seront toujours aussi mobilisés avec la généralisation de ce type d'opérations. Par ailleurs, on pourra se demander si les contributions des clients et quidams doivent remplacer le soutien des pouvoirs publics, ou la nécessaire obligation de restructuration du modèle commercial de la librairie. Enfin, un projet de collecte participative ne pourra être mené qu'une fois, et ne paraît ne pas être une solution pérenne ou régulière.

 

Certes, la vente de livres n'est peut-être pas un commerce comme les autres, mais est-ce au client de veiller sur les finances de ses magasins de proximité ?