Rentrée littéraire : La fashion week des libraires

Les librairies Sauramps maintenant ballotées entre “folie pure” et “bataille d'ego”

Nicolas Gary - 05.07.2017

Edition - Librairies - Sauramps librairies Furet - Sevestre librairie Montpellier - Furet Nord Montpellier


La cour d’appel du tribunal montpelliérain n’avait pas le cœur à plaisanter – pourtant, au cours de l’audience de ce matin, il y avait de quoi rire... jaune. Les déposants et le premier juge se retrouvaient autour de l’affaire Sauramps : l’ex-PDG Jean-Marie Sevestre a décidé d’interjeter appel de la décision du tribunal de commerce. Le Furet du Nord en repreneur, manifestement, ça ne passe pas.


Librairie Sauramps de Montpellier
ActuaLitté, CC BY SA 2.0
 

 

Il y a deux affaires en une seule : la première, c’est le caractère suspensif de l’appel demandé par l’ex-PDG. Pour ce point, la juge a réservé son jugement sous 48 heures, on saura donc le 7 juillet si la demande de Jean-Marie Sevestre est suspensive. L’appel, à proprement parler, sera entendu, puisqu’il porte sur le fond. Mais pour ce dernier... la date est encore loin d’être arrêtée.

 

Selon nos informations, la présidente – qui n’est pas le premier président de la cour d’appel – communiquera donc sa décision ce 7 juillet. Elle pourra éventuellement donner une date pour l’appel au fond, mais d’ores et déjà, une vilaine ombre point au tableau. « La demande de suspension présentée par le conseil de Jean-Marie Sevestre a été réduite à néant », nous précise une source. 
 

Sauramps “renforcée pour les années à venir”, face aux salariés mobilisés


Dans les faits, l’ex-PDG demande donc une suspension pour le repreneur, « mais d’une part son comptable est en vacances, d’autre part, son avocat n’a pas été en mesure de produire, en aucune manière, un compte prévisionnel pour expliquer comment il compte assumer la suspension ». En somme : si l’avis est suspensif, comment va-t-on payer les salariés, les charges, etc. 

 

« On croirait que Sevestre le fait exprès : d’un côté, se présenter comme le sauveur d’une situation – qu’il a pourtant lui-même induite. De l’autre, ne pas être en mesure de jumeler sa demande à la moindre prévision, comme s’il ne demandait la suspension que pour faire de l’esbrouffe », comment un observateur, amer. 

 

En outre, un spécialiste du droit remarque avec étonnement que l’avocat de la société Amétis « qui n’aurait logiquement pas dû plaider sur la demande de suspension, était présent à l’audience. Doit-on y voir l’aveu définitif de la proximité entre Jean-Marie Sevestre et François Fontès ? Et ce, alors même qu’ils ont nié se connaître l’un l’autre » ?

 

"Passer à autre chose"
 

Troublant, certes, mais presque cocasse quand on entend l’avocat d’Amétis expliquer que son client dispose de suffisamment de ressources pour reprendre les librairies. Et qu’il ne comprend pas pourquoi on l’empêcherait « d’avoir une marotte », en l’occurrence, les librairies Sauramps. Les salariés apprécieront.

 

« Bataille d’ego », entend-on, ou « folie pure », pour qualifier la démarche de l’ancien PDG, dont l’avocat a tenu à rappeler qu’il ne comprenait pas pourquoi l’offre la moins disante l’avait emporté.

 

Jean-Marie Sevestre, ex-PDG qui portait l’affaire, n’a pas pu être joint, pas plus que François Fontès, d’Amétis – aucun des deux n’était d’ailleurs présent au cours de l’audience.

 

Dans les faits, et toujours selon nos informations, le procureur a remis une note mentionnant qu’il ne porterait pas la suspension, et que, même sur le fond, il ne reviendrait pas sur la décision du tribunal de Commerce. « Rien n’est joué, mais les protagonistes sont clairement mobilisés. Le plus remonté, c’est le liquidateur, qui demande qu’on en finisse », précise un témoin.  
 

L'avenir des librairies Sauramps désormais scellé à celui du Furet du Nord


Avec les marchés de la région et des collectivités qui s’approchent – 1,7 million € tout de même – le Furet du Nord, joint par ActuaLitté, estime que la situation est malgré tout oppressante. « Nous attendons avec impatience la décision de vendredi et l’avis de la présidente sur le fond. »

 

D’ici là, pas de communication officielle, bien entendu. 

 

Pendant ce temps, toute l’équipe du magasin Odyssée, situé dans le centre commerciale Odysseum, a été déménagée – l’espace devrait revenir à une boutique Zara prochainement. « D’ici 15 jours, tout le monde sera licencié », lâche un proche du dossier, un peu désemparé. « Mais beaucoup d’entre nous aimeraient que cela se finisse rapidement maintenant. Pour pouvoir passer à autre chose. On en veut à l’ancienne équipe dirigeante d’avoir malmené la société, mais plus encore au PDG de prolonger cette situation. »