Les liens d'affiliation Amazon : trop de gratuité tue le commerce

Nicolas Gary - 24.02.2013

Edition - Economie - liens d'affiliation - Amazon - gratuité


Les conditions générales de vente du programme d'affiliation d'Amazon viennent d'être modifiées, avec une entrée en vigueur pour le territoire américain au moins, prévue au 1er mars prochain. Cette modification aura pour conséquence de rendre plus complexe la rentabilisation des liens affiliés sur les sites partenaires, tout en permettant aux clients de trouver plus facilement des ebooks gratuits pour le Kindle.

 

 

 

 

 

La société américaine, qui dispose probablement de dizaines de millions (au bas mot) de liens d'affiliation, a décidé qu'à compter du 1er mars, le programme Associate serait valorisé pour limiter la découverte d'ouvrages gratuits, en anglais et en d'autres langues. Un choix qui n'impactera pas les revenus commerciaux avant la date, mais qui aura des conséquences directes pour ceux que le programme Associates ne rendra pas éligibles à ces nouvelles conditions. 

 

Depuis toujours, la boutique Kindle s'est appuyée sur des offres de gratuité, attirant les clients autant que possible : plus on ameute de chalands avec des offres gratuites, plus le pourcentage d'acheteurs va augmenter. Et le réseau d'affiliation qui maille le net s'est lui-même largement reposé sur ce modèle pour faire découvrir des ebooks gratuits. 

 

Fort de cette approche marketing amazonienne, les possesseurs de sites internet se sont mis à jouer sur cette méthode : leurs liens d'affiliation affichaient des ebooks gratuits, en vue de faire acheter par la suite des titres numériques, sur lesquels ils récupèrent un pourcentage d'affiliation. Mais les choses vont changer.

 

Le coût de la gratuité, à compresser

 

Tout site qui comptabilisera au moins 80 % de titres numériques gratuits, présentés depuis les liens d'affiliation qui sont attribués au site et/ou si plus de 20.000 ebooks gratuits, en anglais ou autre, sont téléchargés chaque mois, ce sera la fin des revenus. Une politique nouvelle qui ne devrait concerner que moins de 0,1 % des partenaires du programme Associates, selon les données d'Amazon. 

 

Le nouveau mouvement considère donc qu'il faut chercher une rentabilité plus immédiate : attribuer de la bande passante pour le téléchargement d'ebooks qui ne rapportent rien, ça va suffire. Et après tout, la société de Seattle a le monopole des campagnes de gratuité pour ses gammes Kindle. 

 

Deux choses peuvent en découler. Si les liens affiliés pointant vers des contenus gratuits sont utilisés comme des appâts pour inciter à l'achat d'autres produits, difficile de croire qu'Amazon méconnaît les conséquences de son acte. Si l'appel de la gratuité est désormais limité, les achats devraient s'en ressentir, impossible que le cybermarchand n'en soit pas conscient. 

 

L'autre point, c'est que les conditions avancées - 80 % de téléchargements et 20.000 titres gratuits - sont difficiles à analyser. Si ces chiffres représentent des sites ou des blogs qui pèsent pour 0,1 % des affiliés, quel est leur poids en terme de bande passante, par exemple ? Ont-ils une incidence en fin de compte, sur les volumes transférés - et accessoirement, quelle est la répartition géographique de ces 0,1 % ?

 

Commercialement, on reprend les comptes

 

Ce qui est clair, c'est que la société réoriente son approche commerciale : après tout, il faudra maîtriser clairement l'ensemble de ses liens de téléchargements, pour ne pas dépasser les 80 % ni les 20.000, sinon, c'est la totalité des revenus du mois qui seront perdus. C'est une réelle frénésie de rentabilité nouvelle qui s'empare de la firme, qui après avoir prôné le gratuit pour vendre plus, décide de couper court à cette méthode.

 

Parce que dans tous les cas, Amazon souhaite améliorer le pourcentage de livres gratuits téléchargés pour le nombre de ventes réalisées. Soit on assiste à une éducation marketing des foules... soit la société a besoin de générer plus d'argent, et tire désormais sur la corde.

 

Pourtant, début février, l'État de New York a assigné Amazon pour des taxes impayées, découlant de son système d'affiliation. En effet, une loi new-yorkaise actée en 2008 obligerait les sites de e-commerce à verser une taxe supplémentaire pour ce type de collaborations, ce qui ferait du bien aux caisses de l'État : ensemble, entre 2008 et 2012, ils ont versé 360 millions $ pour près de 4 milliards $ de ventes, estime le Department of Taxation américain... Tiens donc...