Les littératures post-coloniales après Star Wars

Claire Darfeuille - 26.10.2016

Edition - International - Assises de la traduction - Traduction littéraire - Arles


Les Assises de la traduction du 11 au 13 novembre à Arles s’intitulent « L’Empire contre-écrit ». Santiago Artozqui, président de l’Association pour la promotion de la Traduction Littéraire qui organise ces rencontres annuelles ouvertes à tous, explique le choix de ce titre qu’il admet « cryptique » mais qui permet d’ouvrir le débat autour des littératures post-coloniales au centre de cette 33e édition.

 

Santiago Artozqui

 

 

À quoi fait référence ce titre qui effectivement intrigue et interroge ?

 

Santiago Artozqui : C’est Salman Rushdie qui a pour la première fois utilisé l’expression dans un article très remarqué paru en 1982 : « The Empire Writes Back with a Vengeance ». Puis en 1989, reprenant l’expression, trois auteurs anglais, Bill Ashcroft, Gareth Griffiths et Helen Tiffin, ont publié un livre, « The Empire Writes Back: Theory and practice in post-colonial literatures », dans lequel ils forgeaient et théorisaient le concept de la post-colonialité.

 

Ce livre n’a été traduit en français qu’en 2012 -par Jean-Yves Serra et Martine Mathieu-Job- et il a été publié sous le titre « L’empire vous répond », une traduction très littérale qui laisse de côté un élément important, la référence à Star Wars, « The Empire Strikes Back ». Or, cette référence n’est pas anecdotique, puisqu’elle renvoie au contenu du film (l’empire hégémonique et maléfique de Dark Vador), mais également au film en tant qu’élément de la culture populaire et mondialisée de la seconde moitié du XXe siècle. La difficulté de la traduction de ce titre illustre bien le thème de nos Assises. On constate d’ailleurs que, depuis deux ans environ, en France, on commence à utiliser l’expression « l’empire contre-écrit » pour désigner cet ouvrage. Ce néologisme qui réintroduit la référence culturelle est très bienvenu puisqu’il rétablit une grille de lecture essentielle pour ce livre dont le sujet est précisément la naissance de nouvelles écritures après la chute de l’empire colonial.

 

Ces 33es Assises porteront donc en grande partie sur les littératures post-coloniales, mais pas seulement...

 

Santiago Artozqui : Nous aborderons de manière générale la question de la langue telle qu’elle peut se poser au terme d’un conflit, quand apparaissent la langue du vainqueur et celle du vaincu. Et nous traiterons des littératures qui naissent de cet « entre-langues » où s’expriment des conceptions différentes du monde. La question de la domination d’une langue sur une autre se pose de façon flagrante dans le cas du colonialisme. Cependant, nous ne voulions pas limiter la problématique au fait colonial, car une langue qui oppresse peut aussi être une langue opprimée par ailleurs. Par exemple, l’espagnol domine les langues indiennes en Amérique du Sud, mais il est une langue identitaire en Californie. Au Québec, le rapport entre le français et le québécois n’est pas lié à un processus de colonisation et de décolonisation comme on l’entend quand on parle des pays d’Afrique.

 

Vous proposez de nombreuses entrées pour traiter du sujet et des intervenants très divers...

 

Santiago Artozqui : Oui, le programme est riche, depuis la conférence inaugurale confiée à Souleymane Bachir Diagne, professeur de philosophie et d’études francophones qui traitera de la question « Traduire l’orature en écriture » jusqu’au comédien Jacques Bonaffé qui sera le témoin de ces Assises et à ce titre les conclura. Le champ d’études est vaste, nous avons ainsi invité Myriam Suchet, maître de conférences et directrice du Centre d’études québécoises à Paris 3 qui évoquera la façon dont les écritures dites post-coloniales imaginent la langue autrement, sans en inventer une nouvelle, ou encore Claire Joubert qui expliquera comment le livre de Salman Rushdie Les Enfants de Minuit (Midnight’s Children) paru en 1981 a changé le centre de gravité de la littérature anglo-saxonne pour le déplacer vers une littérature écrite en anglais d’Inde, d’Afrique ou des Caraïbes.

 

Mais il y aura aussi bien d’autres façons de s’interroger sur ces écritures, par exemple en participant aux ateliers de traduction depuis l’afrikaans, l’espagnol de Guinée équatoriale, le russe de Sibérie et le provençal ou encore en écoutant Jacques Roubaud et Florence Delay parler de leur Partition rouge, une anthologie de poèmes et chants d’Indiens d’Amérique du Nord.

 

 

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