Les livres de coloriage réduiraient le stress de patients atteints du cancer

Cécile Mazin - 04.03.2016

Edition - Société - livres coloriage activité - stress cancer hôpital - santé dépression humeur


La tendance fut définitivement constatée en 2015 : les livres de coloriage pour adultes étaient dans l’air du temps. On leur prêtait des vertus thérapeutiques, apaisantes, principalement pour la gestion du stress. L’explosion du genre constatée en Europe avait provoqué des vagues de publications aux États-Unis. Et désormais, leur utilisation s’opère également en hôpital.

 

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Patriacia m CC BY SA 2.0

 

 

Une étude présentée par le British Medical Journal souligne que les livres de coloriage pour adultes sont largement passés dans les meilleures ventes outre-Manche. Dans certains services de cancérologie, depuis quelque mois, le recours aux ouvrages a commencé. En même temps que les séances de radio-chimiothérapie, les patients se voyaient proposer de passer un peu de temps à colorier.

 

Ce n’était au départ que des livres posés sur les tables de chevet, puis, rapidement, les patients ont fini par demander aux personnels hospitaliers de leur procurer de nouveaux ouvrages. Ainsi que des crayons de couleur et d’autres types de matériels. 

 

« Nos patients nous indiquent que le coloriage fait passer les heures un peu plus rapidement, durant les longues journées et nuits d’un séjour en milieu hospitalier », explique le BMJ. Les scientifiques se sont alors penchés sur la question, et deux petites études ont démontré que les séances de coloriage ont considérablement réduit l’anxiété, la tension et la dépression.

 

Les commentaires des patients étaient régulièrement les mêmes : colorier détend l’esprit et le corps, cette tâche occupe l’esprit durant toute la période du dessin, avec une concentration focalisée sur cette seule préoccupation. Les études menées sur des patients atteints de cancer ont alors apporté des réponses supplémentaires : qualité de vie, humeurs, nervosité et colère étaient également modifiées par cette activité. 

 

« Le coloriage pourrait-il aider les professionnels de la santé également ? Nous espérons que cette tendance actuelle s’installe, car elle fournit une distraction et semble apporter plus d’échanges, de joie et de détente », indique-t-on. (via BMJ)

 

 

 

 

Une spécialiste des programmes pour adultes dans la bibliothèque de New York, Kelly Yim-Foulke, assurait à l’AFP que le développement de ces livres, dans un espace et avec les outils, favorisait la sociabilisation des usagers. « C’est facile, il ne faut pas de talents particuliers pour participer. Et ça ne coûte pas cher à organiser. C’est quelque chose que vous avez fait quand vous étiez enfant et dont vous avez de bons souvenirs. »

 

Et une thérapeute pour enfants de Manhattan, Linda Turner, expliquait avoir intégré ces ouvrages dans ses pratiques. « Autant les enfants sont prêts à faire des expériences, autant les adultes ne sont souvent pas à l’aise avec leur créativité. Ces albums à colorier sont pour eux, ils sont sophistiqués. Ils ne se sentent pas ridicules et cela leur permet de créer tout en vivant dans l’instant. Si vous vous concentrez sur les couleurs et le coloriage, et sur l’art, c’est une façon merveilleuse d’être plus calme et de se détendre. »

 

Un principe finalement simple

 

Le phénomène avait début en France, manifestement : le groupe Hachette avait fait paraître en mai 2012 un livre, 100 coloriages anti-stress, dont les ventes furent particulièrement importantes. Si la maison a proposé depuis de nombreuses autres publications, des confrères se sont également lancés dans le principe.

 

Consoglobe précise que le coloriage intervient à ce titre sur le déséquilibre induit par le stress, traduisant un dysfonctionnement entre les deux modes de fonctionnement du cerveau. D’un côté, l’automatique, qui gère les activités du quotidien. De l’autre, l’adaptatif, qui va conduire à des réactions spécifiques.

 

« Le coloriage peut jouer sur les deux tableaux. Au niveau automatique, on retrouve des zones ressources liées au plaisir, aux choses qu’on aime bien faire ou qui ont laissé dans notre mémoire une trace positive. Les personnes qui choisissent le coloriage prennent du plaisir à en faire, vraisemblablement lié à un plaisir d’enfance. C’est une ressource, qui apporte de l’énergie pour fonctionner. En outre, le mode automatique est séquentiel : il ne peut pas faire deux choses à la fois. Donc, quand on colorie, on ne fait pas autre chose, on n’est pas pollué par des pensées parasites. »