Les livres de fiction concurrencés par les clowneries de Donald Trump ?

Clément Solym - 25.09.2017

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Le monde des fake news dans lequel nous sommes officiellement entrés avec l’élection de Donald Trump exerce-t-il une influence sur le monde des lettres. Dernièrement, les professionnels américains du livre ont déploré une réelle chute des ventes. Un marché particulièrement ciblé : celui de la fiction...


Donald Trump
Gage Skidmore, CC BY SA 2.0
 

 

L’éditorialiste de The New Republic, Morgan Jerkins, le pointait violemment : « La présidence dévastatrice et presque incompétente de Trump a effrayé le marché de la lecture, a isolé les livres populaires et s’est comportée comme une sorte de divertissement de masse, avec lequel il est difficile de rivaliser. » L’Amérique, époustouflée par les histoires qu’invente Donald Trump, se détourne-t-elle des livres de fiction ?

 

Une récente étude menée par YouGov pour le Huffigton Post montre que la réponse est loin d’être manichéenne. Elle laisse cependant entendre que la montée en puissance de Trump a contribué à modifier les habitudes des lecteurs.

 

Si 21 % des répondants assurent qu’ils ont passé moins de temps en lire en 2016 et 2017, ils restent 18 % à avoir suivi le chemin inverse. En revanche, 41 % ont lu autant durant cette période qu’au cours des années précédentes. Première donnée : les groupes afro-américains étaient les plus susceptibles d’avoir lu moins : 32 % contre 20 % chez les blancs et hispaniques. 
 

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Mais que faire, quand on arrête de lire ? Ils ne sont que 9 % à expliquer qu’ils ont converti leur temps de lecture en engagement politique.

 

 

 

 

Pourtant, les données de ventes avancées par l’industrie indiquent que les lecteurs n’ont pas déserté les livres : une progression certes globale, mais une diminution constatée sur les ventes de fiction, - 1 %, et dans la fiction jeunesse, - 3,8 %. A contrario, la non-fiction fait un bond de 6,9 %. 

 

Pour autant, impossible d’établir un lien direct entre ces données et l’incidence de Trump – bien que l’on puisse la soupçonner. D’autres éléments ajoutent par ailleurs des éléments troublants : 12 % des répondants assurent avoir plus lus d’essais politiques ou de sciences politiques au cours de la période, contre 13 % qui ont affirmé en voir moins lu. Manque de confiance, balancé par un besoin d’information ? Là encore, il est complexe de trancher.

 

L’étude, menée auprès de 1000 personnes, repose par ailleurs sur une déclaration personnelle : les lecteurs pourraient ne pas voir pris conscience de leurs propres habitudes vis-à-vis des livres. D’autre part, la qualité de la production elle-même peut être interrogée : 19 % de ceux qui affirment avoir moins lu estiment ne pas avoir trouvé autant de livres intéressants. 
 

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« On passe son temps, dans l’édition, à lire dans le marc de café et les résultats de vente GfK pour tenter de comprendre les évolutions du marché », reconnaît le directeur de collection d’une maison parisienne. « Quand ce ne sont pas les contrôleurs de gestion qui lisent à notre place pour tenter de fixer des évolutions à notre ligne éditoriale. C’est valable pour les éditeurs partout dans le monde... »

 

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