Les livres de nouveau acceptés dans les prisons britanniques

Clément Solym - 08.12.2014

Edition - International - prisons livres - Royaume-Uni justice - prisonniers lecture


En choisissant d'interdire aux prisonniers le droit de recevoir des livres, sous prétexte de lutter contre des livraisons de drogue ou d'armes, le gouvernement britannique s'était attiré les foudres de toutes parts. Mais la justice du Royaume-Uni vient de trancher, infligeant une cinglante défaite au secrétaire d'État à la Justice Chris Grayling. Le juge Collins a fait mal.

 

hollow concealment book
haven't the slightest CC BY ND 2.0

 

 

« Je ne vois aucune bonne raison, à la lumière de l'importance que les livres ont pour les prisonniers de limiter au-delà de ce qui est requis [...] la fréquence d'envoi des colis », assure le juge. Mais surtout, il a considéré que les services d'accès aux livres dans les bibliothèques n'étaient pas suffisant. 

 

Depuis le début de l'année, Grayling se bat en effet pour limiter drastiquement les expéditions de livres aux prisonniers. Nick Clegg, vice-premier ministre avait fait valoir que l'interdiction d'envoyer des livres aux détenus « serait ridicule et scandaleuse ». Il était alors allé contre le secrétaire d'État, alimentant le vif débat qui avait cours au Royaume-Uni, pourtant soutenu.

 

En effet, David Cameron, le Premier ministre, était intervenu dans le débat, pour souligner que « le gouvernement n'avait pas interdit aux détenus l'accès aux livres ». Certes, puisque la directive interdit les envois de livres depuis l'extérieur, par la famille ou les proches des détenus, par peur d'entrée illégale de substances illicites ou d'armes. 

 

« Il y a une réserve statutaire de livres dans chaque prison. Si un détenu souhaite avoir accès à un ouvrage qui n'est pas dans la bibliothèque, il peut déposer une demande afin que son achat soit étudié. Les prisons peuvent également s'appuyer sur leurs propres fonds pour acquérir un livre », ajoutait-il début août dans un courrier.

 

Du réconfort pour la période de Noël

 

Ce 5 décembre, la décision du juge est venue conclure les échanges. Frances Crook, directrice de la campagne Howard League for Penal Reform, qui mililte pour l'accès des prisonniers aux livres, a immédiatement salué cet arrêt, qui ntervient juste avant Noël. Elle apprécie que « le bon sens ait prévalu, à cette époque de l'année, où, durant trois semaines, les prisons seront pratiquement isolées. Durant ce moment, recevoir un livre d'un être cher pourrait littéralement sauver une vie ».

 

Et d'inviter désormais le ministère de la Justice à se décontracter sur l'interdiction des envois de colis. « Cela soulagerait la détresse dans les prisons, dans un moment où elles sont en crise », ajoute-t-elle. Il ne reste qu'à espérer que le gouvernement britannique ne perdra ni de temps ni d'argent public, pour combattre cette décision devant les tribunaux. « Les ministres devraient mettre en œuvre cette décision immédiatement afin que les détenus puissent obtenir des livres à Noël. »

 

Les organisations comme le PEN, réunissant des écrivains, apprécient également la situation. Jo Glanville, responsable de la branche britannique, commente : « Nous sommes ravis de cette décision. C'est une reconnaissance bienvenue que les livres sont une nécessité et non un privilège. Le PEN anglais a vu l'importance de la lecture dans les prisons, de par l'impact direct sur les individus, à travers nos ateliers dans tout le pays. »

 

Le gouvernement devrait ainsi annuler toutes les restrictions qui ont été mises en place. « Sa réticence à aborder la question, malgré les protestations du public, et le soutien des plus importants auteurs, démontrait une vue bien basse, et un comportement autodestructeur. »

 

Des écrivains de renom comme Alan Bennett, Salman Rushdie, Ian McEwan, Philip Pullman, Jeffrey Archer, Irvine Welsh, Ian Rankin, Nick Hornby ou Caitlin Moran avaient vivement combattu le choix du secrétaire d'État à la Justice. « Les livres représentent une bouée de sauvetage derrière les barreaux, une manière de nourrir l'esprit et de remplir les nombreuses heures que les détenus passent enfermés dans leur cellule. Dans cet environnement où ils n'ont pas accès à internet et à des services de bibliothèques illimités, les livres deviennent d'autant plus importants », écrivaient-ils.

 

Aujourd'hui, note-t-on, le niveau d'alphabétisation de la population carcérale d'Angleterre ou du Pays de Galles est inférieur à celui d'un enfant de 11 ans. L'interdiction d'expédition de livres découler d'un mouvement répressif plus large. Les agressions violentes ont augmenté de 23 % d'une année sur l'autre, et les suicides sont en hausse constante depuis six ans. En parallèle, le nombre d'employés dans les prisons a diminué d'un tiers. Le choix de Grayling visait un meilleur contrôle des établissements pénitenciers.