Les livres jeunesse, victimes des tensions entre Trump et la Chine

Nicolas Gary - 21.06.2019

Edition - Economie - Chine taxes douane - éditeurs fabrication - livres jeunesse


L’Asie — et plus spécifiquement la Chine —, territoire d’avenir pour les éditeurs occidentaux. En France, sur l’année 2017, le chinois était la principale langue de traduction dans les cessions de droit. Et pour le segment jeunesse, elle représentait 34 % des ventes de droits — 137,9 millions €, soit 4,37 % de croissance. Alors la Chine, on la bichonne…

Of course it is!  (sigh.....)
Mike Simpson, CC BY NC ND 2.0
 

En mars 2017 un séisme secouait l’Occident : la Chine annonçait qu’elle voulait réduire l’importation de livres jeunesse… justement considérés comme trop occidentaux. Le principe était simple : pour le parti communiste, la pensée même que l’idéologie dominante puisse être secouée par des parutions étrangères devenait intolérable. 

Or, en 2016, la Chine était le pays qui avait publié le plus grand nombre de livres : 500 000 titres, de quoi donner le tournis. Et les enfants, selon les données officielles, seraient d’importants lecteurs — et tout particulièrement sur support numérique. Le gouvernement a dernièrement avancé le chiffre de 40 ebooks dévorés par les enfants de l’Empire du Milieu.

Le bras de fer entre Etats-Unis et Chine

Depuis son élection, le président Trump a instauré un rapport de force douloureux avec la Chine — toujours dans l’optique du America First. Les rencontres multipliées avec son homologue Xi Jinping n’y changent rien : les négociations commerciales sont désormais rompues depuis le 10 mai. 

Pour assurer sa réussite, Trump a pris le parti d’imposer de nouvelles taxes sur différents produits chinois — lesquelles seront, suivant l’humeur du président américain, levées ou non. Les droits de douane ont donc augmenté de 10 à 25 %, sur les 200 à 300 milliards $ de marchandises circulant. D’après le POTUS, ces taxes seraient d’ailleurs bien plus rentables pour les USA que n’importe quel accord. 

Sauf qu’en face, la Chine a elle aussi des velléités de conquête du monde, avec l’aspiration de devenir un acteur économique incontournable. À ce titre, l’embargo américain sur l’Iran, que la Chine alimente joyeusement, est un pied de nez à un Trump bien en peine pour dicter sa loi. 
 
Jusqu’à présent, les livres avaient échappé aux taxes sur les produits importés de Chine — et finalement, la littérature échappait sainement à la guerre commerciale des deux pays. Mais les éditeurs savent également qu’une partie de leur production — de la fabrication même des livres ! — doit s’opérer sur le sol chinois. 

Simplifier la fabrication... ou ne pas fabriquer ?

En marge du salon du livre de Genève, un éditeur jeunesse québécois l’expliquait à ActuaLitté : « Il n’existe pas d’imprimerie en mesure de produire mes livres sur le sol nord-américain. Ou alors à des coûts tels que je n’en vendrais plus un seul. »

En mars 2018, le WWF avait publié une étude concernant l’impression de livres français jeunesse en Asie. Avec 422 millions de titres vendus en 2014, elle pointait que 40 % des impressions s’étaient effectuées, pour l’année 2015, sur le territoire asiatique. 

Livre imprimé en Chine
ActuaLitté, CC BY SA 2.0

 
Les chiffres, alignés, interrogeaient : 51 % des livres cartonnés pour les tout petits, 77 % des pop-up, 53 % des imagiers, 79 % des livres animés, 74 % des coffrets, « mais aussi un nombre non négligeable d’albums et de documentaires » sont ainsi produits. 

L'industrie américaine opère sa levée de boucliers

En mai dernier, le Bureau du Commerce américain remettait un avis qui laissait encore placer le doute : à ce stade rien ne garantissait que le secteur soit encore protégé. Mais les hésitations n’auront pas plané bien longtemps, et l’industrie du livre qui n’avait pas encore attaqué s’est finalement lancée.

À l’occasion d’une audience publique, cinq représentants de l’industrie ont comparu ce 18 juin, pour évoquer les risques pour toute la chaîne : éditeurs et libraires, aux faibles marges, seraient lourdement touchés si les livres importés devaient tomber sous le coup des taxes américaines.

Selon les intervenants, l’évolution de l’activité au cours des 30 dernières années ne laisse guère d’autre choix que de recourir aux imprimeries de Chine. Lui Simpson, vice-présidente de l’Association of American Publishers, assurait que les éditeurs utilisent les services nationaux dès que cela est possible. Toutefois, il reste complexe techniquement, et particulièrement pour des livres novateurs, de se passer de la Chine. 
 
De plus, la taxation des produits culturels, scientifiques ou éducatifs, irait à l’encontre de la politique américaine en vigueur depuis plusieurs dizaines d’années, ajoute-t-elle.


Le G20 pour sortir de l'impasse


« Aujourd’hui, près des trois quarts de notre catalogue est constitué de livres en quadrichromie, de livres tout carton et d’autres types d’ouvrages inhabituels, qui ne peuvent pas être imprimés aux États-Unis, faute de personnel qualifié et de capacités suffisantes », ajoutait le PDG de Workman, Daniel Reynolds. 

Un point qui frappe tout particulièrement les éditeurs jeunesse, on le comprend. Avec, évidemment, une répercussion sur les libraires, qui subiraient de même que les éditeurs, cette hausse des droits de douane. Bien entendu, l’argument de la bibliodiversité mise en péril n’a pas été oublié : si les éditeurs sont contraints de limiter les importations, c’est le choix offert aux lecteurs qui en souffrira.

« Les droits de douane sur les livres ne rapportent rien, alors que les dommages causés aux éditeurs américains, à leurs clients et aux lecteurs […] seraient ravageurs », a conclu Liu Simpson, citée par Publishers Weekly.

Les 28 et 29 juin, Xi Jinping et Donald Trump doivent se retrouver à l’occasion du G20 pour tenter de trouver un nouvel accord — du moins, tenter de s’écarter de leurs désaccords. Dans le même temps, les audiences sur cette question des tarifs douaniers se tiendront jusqu’au 25 juin. Plusieurs PDG de grands groupes américains sont attendus à la tribune. 


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