Au moment où les librairies de France, « covidisées », ont fermé leurs portes, deux géants de la chaîne du livre en France – des entités qui concentrent la production de livres, leur diffusion commerciale et leur distribution à destination des points de vente – s’unissaient, pour le meilleur et pour le pire. Le pire est ce que laisse entrevoir à moyen terme cette union, une concentration encore renforcée de l’édition et de la distribution.



 
Fermées, les librairies ont été sauvées – peut-être provisoirement pour certaines – par leur savoir-faire, leur énergie évidente, le soutien de leurs clients et le recours à des dispositifs publics rapidement et massivement utilisés.

Leurs principaux partenaires répondaient par une courte avance de trésorerie de 60 jours, mesure qui, tout en étant utile et appréciée par la profession, n’a fait que leur donner le temps d’aller chercher par l’endettement les disponibilités nécessaires à la survie du circuit, pour payer les sommes dues aux éditeurs et donc aux auteurs.

Pour nous libraires, cette concomitance d’événements est symptomatique du décalage criant entre des industries culturelles de plus en plus concentrées et suffisamment rentables pour attirer des investisseurs mondiaux, et un réseau d’acteurs culturels de proximité, auteurs, éditeurs, libraires, éparpillés et économiquement fragilisés.

Cette crise, sanitaire cette fois-ci, peut et doit permettre une remise à plat du fonctionnement d’une chaîne du livre. Chaîne qui en réalité ne satisfait plus qu’une poignée d’acteurs, certes puissants économiquement, mais bien loin d’être représentatifs d’un secteur et vraisemblablement peu porteurs de son intérêt général.

Près de quarante ans après la loi fondatrice sur le prix unique du livre qui a permis le maintien d’un secteur éditorial foisonnant et d’un réseau de librairies d’une densité inégalée, il est temps de repenser et de reposer les bases du fonctionnement de cette part essentielle de notre réelle exception culturelle.

Le système s’est construit sur la livraison hebdomadaire de nouveautés, chaque année plus nombreuses : plus de 250 nouveaux livres par jour, soit en trois jours l’équivalent du nombre de titres qui paraissent pour la très médiatique rentrée littéraire de septembre ! Certains sont moins le fruit de la création ou de la réflexion que des produits de mode ou de marketing.
 
L’acceptation de ce système conditionne la rémunération des libraires qui en conséquence passent plus de temps à vider et remplir des cartons qu’à choisir, conseiller et vendre des livres ; ce système oblige les éditeurs à multiplier toujours plus leur nombre de titres pour ne pas disparaître des tables des librairies ; enfin, il confronte les auteurs plus nombreux et plus précarisés à un marché globalement en stagnation.

Mais il permet à certains des plus gros acteurs intégrés de la distribution d’être bien rémunérés.

Dans la lignée du plan de relance du SLF qui appelle à des réformes structurelles, nous Libraires appelons à compléter la loi de 1981 sur le prix unique du livre en l’adaptant aux nouveaux défis de notre temps. 

En quarante ans, quelques évolutions majeures sont remarquables : l’apparition des industriels de la vente en ligne, l’urgence des défis environnementaux, le besoin de liens directs entre partenaires de la chaîne du livre, une forte concentration chez les éditeurs et les distributeurs, des évolutions qui bouleversent les équilibres passés.

Chaque librairie fermée a pu mesurer l’attente et le soutien de ses clients ; au delà, nombreux sont ceux qui ont pris conscience de leur rôle éminent d’acteur culturel au cœur de toutes nos régions.

Il nous faut maintenant transformer cette prise de conscience en espoir.

Il faut entreprendre un travail collectif, penser le livre comme un partenariat entre tous ses acteurs et les pouvoirs publics, comme un patrimoine commun. La logique de réciprocité en plus d’être équitable ne nuirait sûrement pas à l’efficacité économique.


Ndlr : ce texte complète, littéralement, l'appel lancé hier Pour des livres sans date de péremption, et s'inscrit dans le même mouvement de réflexion sur l'évolution des métiers. 

Librairies signataires
L’Arbre à mots (Rochefort), L’Attrape-mots (Marseille), Le Bleu du ciel (Pamiers), La Carline (Forcalquier), Le Carnet à spirales (Charlieu), Contrebandes (Toulon), La Crognotte rieuse (Avignon), Escalire (Escalquens), Goulard (Aix-en-Provence), Les Grandes Largeurs (Arles), L’Impromptu (Pars), Lettres vives (Tarascon), Livre aux Trésors (Liège), Myriagone (Angers), Le Monte en l’air (Paris), Les Nouveautés (Paris), Page et Plume (Limoges), La Petite Egypte (Paris), Les Petits Papiers (Auch), Quai des brumes (Strasbourg), Regain (Reillanne), Terra Nova (Toulouse), Vent de soleil (Auray), La Vie devant soi (Nantes) 


Commentaires
Je souhaite quand même un peu une diminution du nombres de livres (Mangas et Comics surtout) et en même temps tellement sont hyper intéressants shut eye = pourvu que ça dure hmmm
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