"Les livres ne doivent pas devenir un instrument de manœuvre politique"

Cécile Mazin - 13.02.2014

Edition - Les maisons - livres pour enfants - Jean-François Copé - velléité de censure


L'intervention de Jean-François Copé a mis en ébullition une grande partie du monde du livre. En touchant au domaine de la littérature jeunesse, et attaquant directement un ouvrage, le président de l'UMP a d'un côté offert une vitrine publicitaire importante, de l'autre, provoqué de vives réactions. Libraires, auteurs, éditeurs, bibliothécaires, et même deux ministres, se sont succédé ici et là pour condamner fermement la prise de position et les critiques formulées contre un livre qui n'avait clairement rien demandé. Mais ne doit rien regretter non plus. 

 

 

 

 

Pour le Syndicat national de l'édition, la présidente du groupe jeunesse, Hélène Wadowski, souligne que c'est toute la littérature jeunesse qui s'est retrouvée, « depuis quelques jours, sur le devant de la scène ». Et de profiter de cette occasion - « inespérée » ? - pour rappeler « les fondamentaux d'une littérature inventive, riche, ouverte au monde et aux autres ». Bien entendu, et contrairement aux propos du président de l'UMP, cette littérature « qui, grâce au talent et à la fantaisie de ses illustrateurs, grâce à l'exigence de qualité de ses éditeurs, grâce à la finesse et à l'honnêteté de ses médiateurs peut aborder une large palette de sujets ». 

 

Car l'on trouve tout dans la littérature jeunesse : sujets historiques, sujets d'actualité, questions de société, sujets plébiscités ou sujets plus ‘tabous', car « tous les thèmes méritent d'être abordés, toutes les questions peuvent être posées ».  

Les éditeurs prennent à cœur leur responsabilité dans le choix du texte. C'est leur mission première, l'essence même de leur métier. Choix d'un texte juste, sensible, accessible, ouvert, qui invitera d'abord chaque lecteur à découvrir le plaisir de l'histoire racontée, et aidera le bébé, l'enfant, l'adolescent ou le jeune adulte à grandir, à se construire, à se connaître, à appréhender le monde qui l'entoure, à le comprendre pour s'y inscrire pleinement et volontairement.

Les éditeurs de littérature de jeunesse croient profondément que l'enfant est apte à développer sa propre vision du monde à partir d'une histoire. Que l'enfant grandit en questionnant la vie. Que par le truchement du livre, il construit son jugement, apprend à raisonner.

 

Et la présidente du groupe jeunesse de citer Bruno Bettelheim, dans Psychanalyse des contes de fées : « Pour qu'une histoire accroche vraiment l'attention de l'enfant, il faut qu'elle le divertisse et qu'elle éveille sa curiosité. Mais pour enrichir sa vie, il faut en outre qu'elle stimule son imagination, qu'elle l'aide à développer son intelligence et à voir clair dans ses émotions ; qu'elle soit accordée à ses angoisses et à ses aspirations ; qu'elle lui fasse prendre conscience de ses difficultés tout en lui suggérant des solutions aux problèmes qui le troublent. »

 

Ainsi, il est peut-être bon de rappeler que 5000 ouvrages jeunesse paraissent chaque année, et que leur qualité « n'est plus à démontrer ». Bien sûr, le président de l'UMP s'était ému du livre Tous à poil!, sans presque desserrer les dents : « On ne sait pas s'il faut sourire, mais comme c'est nos enfants, on n'a pas envie de sourire. A poil le bébé, à poil la baby-sitter, à poil la mamie, à poil le chien, à poil la maîtresse, vous voyez, c'est bien pour l'autorité des professeurs. »

 

Pourtant, souligne le SNE, l'édition de livres pour enfants sait manier, elle, l'humour et le sérieux, partager les émotions, en somme, « évoquer la vie avec sensibilité ». Et de conclure : 

Face à toute velléité ou volonté de censure (soulignons en outre que les publications jeunesse sont déjà soumises au contrôle d'une commission de surveillance instituée par la loi du 16 juillet 1949), il nous semble plus que jamais nécessaire de rappeler que les livres ne doivent pas devenir un instrument de manœuvre politique, ni être bannis des bibliothèques. Laissons-les avec confiance à leurs lecteurs, ils sont entre de bonnes mains !

 

Peut-être sont-ce, en réalité, la communication et la prise de parole à l'UMP, qui ne sont pas entre de bonnes mains…

 

On renverra à la lecture du livre Lire est le propre de l'homme, paru en septembre 2011, à l'école des loisirs, dont l'actuel directeur, Louis Delas expliquait à ActuaLitté : « Pour moi, toutes les réponses intelligentes à cette triste polémique se trouvent dans cet ouvrage. » À lire, découvrir, et partager, sans restrictions. Il est également possible de commander le livre en version papier, à cette adresse.