“Les livres ont survécu à de nombreux défis”, leurs créateurs sont moins endurants

Clément Solym - 10.02.2016

Edition - International - complainte historien - auteurs ventes livres - rémunération prix vente


David Day est historien, biographe, australien, mais également président de l’Australian Society of Authors. Cette dernière s’est lancée, avec ses homologues britannique et américaine, dans une campagne de communication auprès des éditeurs. « Les livres sont au centre de nos vies, mais les perspectives pour les auteurs, leurs lecteurs et la culture littéraire australienne n’ont jamais été aussi sombres. » Ambiance...

 

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UpSticksNGO Crew, CC BY 2.0

 

 

Pourtant loin des plages de surf, les préoccupations des auteurs surfent sur une tendance générale : la rémunération est aujourd’hui une question critique. « Les ebooks et internet avaient pour vocation de signer la mort du livre physique. Cela n’a pas eu lieu. Le sort des auteurs, c’est une autre affaire », signe David Day dans une tribune reprise par The Age

 

Reprenant les données des enquêtes britanniques et américaines, il souligne que les auteurs australiens ont subi une perte plus violente que jamais dans leurs revenus. Début 2000, ils gagnaient 22.000 $ AU en moyenne, contre 13.000 $ AU en 2015 (12.500 € contre 8100 €). « Pour de nombreux auteurs, cela signifie qu’ils ne peuvent plus gagner leur vie avec leur travail. » Impliquant que les jeunes pousses ne se lanceront pas dans une carrière avec de si tristes débouchés.

 

Cette situation résulte de la pression du marché : Amazon est une partie de la réponse, parce qu’elle a produit un espace de vente où les livres sont écoulés à perte, explique l’auteur. « La société a rarement réalisé des bénéfices et ses actionnaires semblent heureux de financer l’expansion impitoyable de ce mastodonte du détail. » Et en attendant que le monopole soit total, et que les prix remontent, les auteurs sont les victimes de la stratégie.

 

En Australie, le prix de vente moyen des livres – il n’existe pas de législation par laquelle l’éditeur impose un prix de vente unique – a diminué de 30 %. La disparition cumulée des chaînes de librairies Borders et Angus & Robertson a laissé la place à des revendeurs comme Target, Big W et Kmart : de la grande distribution en puissance. 

 

"Les livres ont survécu à de nombreux défis dans leur existence, depuis un siècle, et ils sont certains de survivre aux plus récentes."

 

Or, si les prix de vente diminuent, les recettes pour les auteurs suivent la même pente. Et si le livre numérique pouvait porter quelques espoirs, ces derniers se sont écroulés avec Amazon. Mais le pays vit également d’autres distorsions dans l’industrie du livre : les actions du gouvernement fédéral ont entraîné des coupes budgétaires pour différentes bourses, par lesquelles de grandes œuvres avaient pu voir le jour. En outre, la mise à mort, controversée, de l’Australia Council n’a pas aidé. 

 

Malcolm Turnbull, actuel Premier ministre de l’île, est sévèrement pointé du doigt. Sa volonté de supprimer les restrictions liées à l’importation parallèle de livres menace l’ensemble du secteur. Cette législation, qui a freiné toute tentative de dumping au cours des dernières décennies, est fortement discutée. Sa disparition entraînerait une baisse du prix de vente des livres, mais saperait dans le même temps, les bases économiques de l’industrie australienne. 

 

La législation australienne accorde une période de trente jours à un éditeur, pour qu’il lui soit possible de commercialiser un livre, issu du monde anglophone. Passé ce délai, les lecteurs ont le droit de commander sur Internet, et se le faire livrer depuis n’importe quel endroit du globe. Et il en va de même pour les libraires. Ces derniers n’apprécient pas la législation, qui leur fait perdre des ventes, au mieux, et sert les intérêts de la concurrence web, au pire. (voir notre actualitté)

 

Les arguments qui plaidaient en faveur de la restriction de l’import de livres seraient aujourd’hui plus efficients et essentiels que jamais, indique David Day. Et de prendre l’exemple de la Nouvelle-Zélande, où le même modèle législatif existait : en dépit des promesses, rien n’a bougé au niveau des prix. Au contraire : les entreprises ont perdu de l’argent, et d’un côté, le nombre de titres produits a été restreint, de l’autre, des licenciements sont intervenus. 

 

« Les livres ont survécu à de nombreux défis dans leur existence, depuis un siècle, et ils sont certains de survivre aux plus récentes. Mais personne ne devra s’attendre à ce que les livres soient écrits en Australie à une vitesse et une qualité satisfaisante pour les lecteurs, à moins que les auteurs ne soient assurés de percevoir des revenus raisonnables pour leur travail. »

 

Et d’interpeller les politiques de tous bords : les livres « nous informent, nourrissent notre imaginaire, ils nous aident à être unis en tant que nation ». Dans ces conditions, « il est ironique qu’un Premier ministre qui prétend être le champion de la créativité et de l’innovation puisse diriger de tels assauts contre les auteurs et les lecteurs. »