Les livres pour enfants, une vision traditionaliste de la famille ?

Clément Solym - 19.06.2012

Edition - Société - livres pour enfants - couples homosexuels - père au foyer


Le « superintendant » Bryan Bowles, de la Davis School District, a reçu deux lettres après avoir relégué le livre pour enfant In Our Mothers' House (Dans la maison de nos mamans) derrière le comptoir de la bibliothèque de l'école, parce que le livre met en scène un couple lesbien. Deux groupes pour la liberté d'expression ont protesté, et ont tourné les projecteurs sur le décalage entre livre pour enfant et nouvelles configurations parentales.

 

« Les parents qui protestent contre le livre peuvent très bien superviser les lectures de leurs enfants. Le retrait du livre diminue l'aspect éducatif de la bibliothèque, dont le rôle premier est de permettre aux élèves de faire des choix selon leurs centres d'intérêt, leurs expériences et les valeurs de leur famille » a rappelé le Kid's Right to Read Project dans la lettre envoyée à Bryan Bowles. 


 

Story time II

(auteur : Paolo.Pace)

 

 

Le 30 avril dernier, les sept membres du comité composé d'instituteurs, de parents et d'administrateurs devaient s'exprimer sur le livre incriminé : les résultats furent sans appel, puisque 6 d'entre eux rejetèrent l'ouvrage derrière le comptoir de la bibliothèque. Seule... la bibliothécaire vota en faveur d'une mise en rayon. Le porte-parole du district a expliqué que le livre avait été mis à l'écart parce qu'une loi fédérale stipulait que les programmes ne pouvaient pas promouvoir l'homosexualité. Il a aussi rappelé que le livre avait été acheté suite à l'inscription à l'école d'un enfant d'un couple homosexuel, afin de faciliter... son intégration.

 

Si les livres pour enfant sont parfois victimes de leur audace, (voir notre actualitté) un père au foyer a remarqué que son cas était plutôt rare dans les livres qu'il lit à ses enfants. « Malgré toutes mes heures de lecture, je n'ai jamais vu un livre où le père reste à la maison pendant que la mère va travailler. Quand le papa est dans le livre, il revient toujours du travail le soir, ou quelque chose comme ça » explique Tim Kelloway, un "papa au foyer" frustré de Toronto.

 

Pour Kerry Daley, doyen de la section Sciences humaines et sociales à l'université de Guelph, la littérature pour enfants continue à promouvoir « la primauté de la mère », mais aussi des modèles traditionnels et stéréotypés de la structure familiale : « Quand les choses vont mal à la maison, ce sont les mères qui sont responsables. Quand des problèmes financiers font surface, ce sont les pères. Nous sommes conscients de ses modèles figés, et nous sommes prompts à les nommer "stéréotypes", mais nous avons encore du mal à nous en débarrasser » analyse l'universitaire.

 

Sages comme des images, les livres pour enfants...