Les locaux du Centre PEN kurde vandalisés en Turquie

Antoine Oury - 08.02.2016

Edition - International - PEN centre Turquie - Kurdes Turcs tensions - liberté expression PEN


L'organisation PEN International s'est donnée pour mission la défense de la liberté d'expression, et veille particulièrement à celle des écrivains, journalistes et autres blogueurs militants. En Turquie, le centre PEN kurde est particulièrement sollicité depuis la montée des tensions entre le gouvernement et la communauté. Tensions qui rejaillissent sur le centre, victime de dégradations il y a quelques jours.

 

Devant le Centre PEN kurde, à Diyarbakır en Turquie (photo via Robert Sharp)

 

 

L'attaque aurait eu lieu le 2 février dernier, visant explicitement le Centre PEN kurde de Diyarbakır, au sud-est de la Turquie. Les Kurdes sont majoritaires dans la ville, et la considèrent comme la capitale du Kurdistan turc, dans le Sud-est anatolien. Les dégâts sont minimes, et se limitent à des pertes matérielles (deux statues dégradées et une porte défoncée), mais la menace est bien réelle.

 

Les circonstances exactes de l'attaque doivent encore être éclaircies, mais le PEN International demande « aux autorités turques de mener une enquête rapide, complète et impartiale sur cette attaque, de traduire en justice toute personne liée à celle-ci, et de s'assurer que tous les membres du Centre PEN kurde sont protégés et peuvent jouir de leur liberté d'expression sans risques ». 

 

La crise politique que traverse actuellement la Turquie est propice aux atteintes à la liberté d'expression : après les affrontements entre les indépendantistes kurdes et les soutiens du gouvernement, une vague de restrictions s'est fait sentir. Le parti prokurde, ainsi que le journal Hürriyet et d'autres symboles critiques envers le président Erdogan, ont d'abord été visés, en septembre 2015. L'International Publishers Association avait immédiatement dénoncé le « programme d'intimidation, de menace et d'attaque dirigé contre des catégories médiatiques ou de la société civile qui sont en désaccord avec le parti au pouvoir ».

 

Quelques semaines plus tard, le gouvernement d'Erdogan plaçait sous tutelle tout un groupe éditorial turc, Kaynak Holding, en l'accusant de financer l'Organisation Terroriste Guleniste (FETO), affiliée à un autre opposant politique et religieux du président turc.

 

Enfin, plusieurs auteurs ont vu leurs livres retirés des librairies, au motif que ces ouvrages avaient été retrouvés dans les bibliothèques de dissidents... Bien entendu, l'enquête menée par les autorités turques permettra de lever tout soupçon d'atteinte à la liberté d'expression...