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Depuis son ouverture, la bibliothèque Jacqueline de Romilly (Montmartre, Paris XVIIIe) présenterait d’évidents problèmes de chaleur et de renouvellement naturel de l’air. Le Syndicat CGT Culture de la Direction des Affaires culturelles de la Ville de Paris a interpellé Bruno Julliard, premier adjoint au Maire de Paris en charge de la Culture et a placé cette problématique à l’ordre du jour du prochain CHSCT (Comité d’hygiène, de sécurité et des conditions de travail) de la Direction des Affaires Culturelles, qui se déroulera le 15 juin prochain. 

 

Bibliothèque Jacqueline de Romilly (Page Facebook de la Bibliothèque).

 

 

Voilà deux ans que la bibliothèque Jacqueline de Romilly a ouvert ses portes dans le quartier de la porte de Montmartre, dans le 18e arrondissement de Paris. Et tout autant de temps que les bibliothécaires, le public et la Direction des Affaires Culturelles de la Ville de Paris tentent de faire remonter le problème qui nuit à la réputation du lieu. 

 

Bertrand Pieri, syndicaliste de la Direction des Affaires Culturelles de la Ville de Paris, a écrit un article dans lequel il pointe du doigt l’absence totale de mesures prises pour remédier à ce problème d’envergure. Contacté par ActuaLitté, il déplore : « Aucune mesure n’a été prise en deux ans, malgré les plaintes des publics et des personnels, ainsi que les nombreux rapports envoyés. La bibliothèque Jacqueline de Romilly dépend bien entendu de son administration de tutelle. Cependant, celle-ci n’entreprend aucune démarche. » 

 

De nombreuses plaintes, mais aucune solution proposée

 

Pourtant, les plaintes dénonçant l’inconfort des lieux, notamment dans les salles de travail du premier étage, dans la salle d’animation ou dans celle qui accueille la petite enfance sont nombreuses. La plupart d’entre elles, émises par les publics, sont consignées dans le cahier de réclamation « QualiParis », ce qui signifie que la Mairie de Paris est au courant des faits. Contacté par ActuaLitté, le bureau des bibliothèques de Paris n'a pas répondu à nos sollicitations. 

 

Ces derniers temps, alors même que les températures n’atteignaient pas des sommets, trois lecteurs ont eu un malaise, « dont un a été transporté par le SAMU », comme précisé sur le blog du Syndicat CGT Culture de la Direction des Affaires Culturelles de la Ville de Paris. « Il est impensable que le SAMU doive se déplacer parce qu'il fait trop chaud dans une bibliothèque ! », s'exclame Bertrand Pieri. Les lecteurs ne sont pas les seuls à souffrir de la chaleur et du manque de renouvellement de l'air. Les bibliothécaires sont les plus touchés : maux de têtes, nausées, sensations de grande fatigue, douleurs aux jambes... Leurs conditions de travail y seraient pour beaucoup. 

 

La médecine du travail a même été sollicitée l'année dernière et son constat est sans équivoque : « Les conditions de confort thermique et de renouvellement d'air dans cet établissement ne semblent pas respecter les critères compatibles avec la préservation de la santé. » Pour autant, Bertrand Pieri rappelle que la médecine n'est pas « toute puissante. On pense qu'il s'agit d'une institution qui possède beaucoup de pouvoirs, mais il n'en est rien. Tant que l'employeur ne prend aucune mesure, rien ne sera fait. »

 

Un problème récurrent dans le XVIIIe… mais pas que ! 

 

« Le problème, dans la conception de ces bâtiments, c’est qu’ils ne comportent pas ou très peu de fenêtres », constate le syndicaliste. « Les grandes baies vitrées qui ne peuvent pas être ouvertes semblent être le nouveau dada des architectes. Le système mécanique sensé réguler le renouvellement de l’air semble quant à lui complètement inadapté, surtout pour des établissements de cette superficie [la bibliothèque a une superficie de 1220 m2, NdR]. » 

 

En pleine canicule l’année dernière, la bibliothèque Jacqueline de Romilly avait même dû fermer ses portes le 1er juillet 2015. Le motif : la chaleur et la non-climatisation des lieux rendaient sa fréquentation impossible. Idem deux jours après. 

 

Le message posté sur Facebook par la Bibliothèque Jacqueline de Romilly le 1er juillet 2015...

 

 

...Le même message posté deux jours après.

 

 

La bibliothèque Jean-Pierre Melville, située dans le quartier des Olympiades, dans le 13e arrondissement de Paris avait rencontré un problème quelque peu similaire en octobre 2014. Pendant plus d’un mois, le public et les agents de la bibliothèque ont souffert du manque de renouvellement d’air, causé par une panne de climatisation. Pourquoi ne pas avoir ouvert les fenêtres dans ce cas ? Tout simplement parce que ce bâtiment inauguré en 1983 ne compte que des baies vitrées qui ne peuvent pas être ouvertes. 

 

La devanture de la bibliothèque Jean-Pierre Melville. (ActuaLitté, CC BY-SA 2.0)

 

 

Les salariés en droit de ne plus se rendre sur leur lieu de travail si aucune mesure n'est prise rapidement

 

« Notre but, c'est avant tout de rendre toute cette histoire publique, de manière plus large », explique Bertrand Pieri. « Ça ne peut plus durer. Il est grand temps que la Mairie prenne des mesures pour atténuer la chaleur régnant dans le bâtiment :  installer des climatiseurs, entreprendre des travaux ou même fermer temporairement la bibliothèque. Mais les choses ne peuvent pas être laissées en l'état », poursuit-il.

 

Et de poursuivre : « Si rien ne bouge d'ici le 16 juin, les salariés pourront exercer leur droit de retrait, car les représentants du personnel ainsi que le comité d'hygiène, de sécurité et des conditions de travail (CHSCT) sont déjà au courant des dangers présents à la bibliothèque. »

 

Comme précisé sur le site du service public, à la rubrique Particuliers, vos droits, « le salarié a le droit d'arrêter son travail sans l'accord de son employeur et, si nécessaire, de quitter son lieu de travail pour se mettre en sécurité. Il n'est pas tenu de reprendre son activité tant que la situation de danger persiste ».

 

Les cartes sont donc dans les mains de Bruno Julliard.