Les manuels scolaires véhiculent des stéréotypes sur le genre dans de nombreux pays

Joséphine Leroy - 14.03.2016

Edition - International - rapport étude stéréotypes - genres sexes - manuels scolaires


Publiée à l’occasion de la Journée internationale des droits des femmes, le 8 mars dernier, une étude de l’UNESCO, le Global Education Monitoring Report​, qui porte sur le matériel pédagogique à travers le monde, rappelle que les stéréotypes sur le genre sont tenaces dans les manuels scolaires.  

 

Studying

(Cynthia Chang / CC BY-NC 2.0)

 

 

Dans un manuel scolaire turc, une petite fille rêve du jour de son mariage pendant que le petit garçon rêve de devenir médecin. En Tunisie, un manuel propose des exercices où il faut compléter des phrases sur M. Thompson, qui lave sa voiture dans son garage. Au même moment, Mme Thompson, elle, s’attèle à préparer le déjeuner dans la cuisine pour la joyeuse famille. 

 

Le cas de la Chine est révélateur. Les garçons y sont principalement représentés comme « des scientifiques ou des soldats », tandis que les femmes « enseignent » ou, les trois quarts du temps, sont dans « le secteur des services ». Dans 12 volumes de manuels scolaires pour classes de primaire, seulement 20 % des personnages historiques sont des femmes. Qui plus est, elles y apparaissent « ternes et sans vie », là où les hommes sont virils et combattants.  

 

En Inde, seulement 6 % des illustrations de manuels scolaires montrent exclusivement des femmes quand plus de la moitié ne montrent que des hommes. Et ce, dans un panel large de matières (mathématiques, anglais, science, sociologie). Pas une seule femme n’est montrée comme une cadre ou une ingénieure. 

 

Le GEM s’appuie sur des manuels de mathématiques au Cameroun, en Côte d’Ivoire, au Togo et en Tunisie. Dans une étude comparative, les chercheurs ont relevé que les femmes ne comptaient que pour 30 % des illustrations totales. Elles sont des « femmes au foyer » et des « conformistes », des êtres « passifs ». À l’inverse, les hommes sont « impressionnants », « nobles », font des choses « divertissantes et drôles ».  

 

Le GEM, qui cite une étude pakistanaise, note qu’il n’y a « aucun changement dans le portrait négatif des femmes pakistanaises dans les manuels scolaires depuis 2004 ».

 

« Malheureusement — en termes de nombre de lignes [...], de mentions dans les titres, et dans les citations dans les index — les filles et femmes sont sous-représentées dans les manuels et programmes scolaires », regrette le rapport. 

 

Même si des changements positifs sont en marche, par exemple en Jordanie où les femmes sont « Premier ministre, soldats ou pilotes » et en Palestine, où on peut les voir voter. En Inde, les manuels scolaires lancent des défis aux élèves pour qu’ils identifient les genres, une façon de pouvoir enclencher une discussion sur cette problématique.

 

« Ce n’est plus seulement la question de la fréquentation des enfants à l’école qui est importante, mais aussi ce qui se passe dans la salle de classe. Il n’est pas facile de le mesurer, mais les manuels sont une bonne entrée en matière », affirme Manos Antoninis, qui travaille sur l’étude. 

 

Il précise aussi l’importance de la pédagogie vis-à-vis du professeur lui-même qui, souvent, n’est pas aussi préparé qu’on le pense. « Nous lançons cet appel pour inciter les personnes à nous rejoindre et à partager les images qui circulent dans les manuels scolaires, car les informations nous manquent et nous en avons besoin », finit-il par dire. 

 

On pourra consulter, pour plus de détails sur le sujet, le rapport ci-dessous :

 

 

  GENRE ET EPT 2000-2015 : progrès et enjeux (UNESCO)

 

 

(via The Guardian