Les manuscrits de Corée pose la question des restitutions

Clément Solym - 21.07.2011

Edition - Bibliothèques - lang - manuscrits - coree


Depuis maintenant quelques jours, les 297 manuscrits coréens que la BnF hébergeait, un peu abusivement, ont été rendus, dans un effort diplomatique impulsé par Nicolas Sarkozy. Et salué par Jack Lang, qui revient, dans un entretien avec Le Monde sur cette initiative.

A l'origine des discussions, en 1986, sur le retour de ces manuscrits, Jack Lang était alors ministre de la Culturel.

« J'ai été saisi d'une demande de restitution de ces manuscrits de la dynastie Joseon. Ils avaient été embarqués par la marine française à la fin du XIXe siècle pour répondre au massacre de 2 000 chrétiens. La bibliothèque royale avait été brûlée, ces documents étaient considérés comme perdus, jusqu'au jour où une chercheuse coréenne, stagiaire à la Bibliothèque nationale, est tombée dessus. Ils étaient recensés comme des documents chinois... »


Des ouvrages qui symbolisaient beaucoup de la culture coréenne, et pour lesquels Jack s'est battu, parvenant à convaincre François Mitterrand de leur nécessaire retour. En 1993, un volume repart. Mais un seul, parce que finalement le président ne pourra pas mener à bien cette mission. (notre actualitté)

Et c'est en remettant le couvert avec Nicolas Sarkozy que Jack a jeté de l'huile sur le feu. « À l'automne 2010, j'ai ajouté un argument : la France succédait à la Corée à la tête du G20. Nous ne pouvions arriver à Séoul sans régler ce différend. » Un problème de réparation, estime-t-il, et c'est un peu sans regret qu'il considère que les ouvrages, pourtant rendus sous la forme d'un prêt, ne reviendront plus sur le territoire français.

« Déjà, il y a eu une coopération remarquable entre les services techniques. Les Coréens ont financé la numérisation de tous les volumes pour qu'ils soient consultables à Paris. Et en 2015, une partie d'entre eux sera exposée à la BNF. À ma connaissance, ce sera leur première présentation au public français. Jamais pareille mise en valeur n'aurait été possible autrement. »

La question de la restitution d'autres oeuvres, manuscrits, objets culturels se posera alors, inéluctablement. S'il faut faire des concessions emblématiques, le paradoxe de la légitime revendication émanant de pays et la préservation du patrimoine sera alors très épineux.