Les mémoires d'une Algérienne née garçon

Clément Solym - 06.07.2010

Edition - Société - transexuel - algérienne - Randa


Dans un livre de 144 pages à paraître, Randa, jeune femme raconte son parcours depuis sa naissance comme garçon jusqu’à sa renaissance en femme. Une quête d’identité pas tout à fait comme les autres puisque Randa est une transexuelle d’origine algérienne.

Avec l’aide d’un journaliste libanais, Randa relate son enfance, sa première expérience amoureuse avec un homme et les conséquences de son choix dans une société qui ne l’accepte pas. « A un certain moment, j’ai posé deux boîtes de comprimés sur mon buffet, et je savais que j’avais un choix à faire ».

Soit choisir l’overdose médicamenteuse et mourir, soit entamer le traitement hormonal et vivre. Vivre comme une femme mais avec la crainte de mourir de la main de ceux qui la menacent.

Randa, née Fouad, choisit la seconde option, qui a pour conséquence de l’obliger à quitter son foyer et sa famille après plusieurs menaces de mort portées à son encontre.

Y compris par les autorités nationales. « La sécurité générale algérienne a ouvert un fichier sur moi, et j’ai été mise en garde par des groupes islamistes », explique-t-elle. Une menace explicite plutôt, elle ajoute : « En avril dernier, on m’a posé un ultimatum expirant 10 jours plus tard, partir ou être tuée».
                                                                              
Renier le privilège de naître homme

Alors que son visa européen expire, la trentenaire, grande chevelure noire, fuit au Liban où l’accueillent des amis. A l’heure actuelle, elle s’est installée à Beyrouth où elle se prépare à l’opération définitive.

Une relative paix dans ce pays qui tout en condamnant les relations homosexuelles, ne prévoit aucune sanction envers les personnes changeant de sexe par le biais de la chirurgie.

Autre détail d’importance, le pays compte de nombreux praticiens réputés qui encouragent ces identités contrariées à trouver refuge à Beyrouth.

Mais il reste des questions douloureuses. Randa relate : « les gens demandent pourquoi quelqu’un qui a reçu les privilèges de naître homme doit se rétrograder à une position pire que des femmes nées comme telles ».

Mais « cette liberté qui ne vous est jamais offerte » et que « vous devez atteindre et prendre » n’est pas sans amertume. Et particulièrement l’exil loin de sa famille. L’envie d’appeler ses sœurs qui se termine irrémédiablement de la même manière en raccrochant avant que la sonnerie se fasse entendre. En leur parlant, «je ruinerais leur vie », confie-t-elle.