Les mémoires "méticuleusement fabriqués" de Bob Dylan

Julien Helmlinger - 26.05.2014

Edition - International - Bob Dylan - Chronicles - Plagiat


 Un livre intitulé The Dylanologists : Adventures in the Land of Bob, publication signée par l'auteur et journaliste auréolé d'un Pulitzer, David Kinney, présente la vie du prophète de la Folk vue à travers le prisme de ses propres fans. Au fil de cette oeuvre parue ce mois-ci, l'on apprend notamment comment des internautes se sont rendu compte que les Chronicles de Bob Dylan publiées chez Simon & Schuster, étaient inspirées de multiples sources. Plus d'un millier d'éléments du texte auraient été relevés comme des emprunts, grâce aux nouveaux outils technologiques comme Google Books. Plagiat ou concept artistique ?

 

 

 

 

Le premier volume des mémoires de Bob Dylan a été publié en 2004 et l'on attend encore les deux suivants qui avaient été annoncés toujours chez Simon & Schuster. Depuis, plusieurs observateurs ont pointé le fait que certains passages semblaient empruntés à d'autres bouquins sans que cela ne soit précisé. Quand le chanteur se le faisait remarquer, il avait coutume de botter en touche. Après tout, les artistes auraient de tout temps emprunté du matériel à leurs prédécesseurs, et ce n'est certes pas Shia Labeouf qui le contredirait.

 

En 2012, le chanteur, interrogé par Rolling Stone, était d'ailleurs plutôt virulent en évoquant ceux qui l'accusaient de plagiat. « Tous ces connards peuvent pourrir en enfer. »

 

Un certain Scott Warmuth, écrivain, musicien et DJ, a quant à lui tenté de recréer ce qu'il a baptisé le Da Vinci Code des Chronicles de Dylan, histoire de mettre en lumière toutes ces inspirations littéraires qui parsèment ces mémoires encensés par la critique lors de leur publication. Son travail de recherche lui a permis de mettre en évidence les références renvoyant tantôt à Robert Louis Stevenson, Ernest Hemingway, Fitzgerald, H.G Wells, Mark Twain ou encore Ovide et Virgile... Un travail de détective qui a inspiré Kinney.

 

Les deux hommes se sont intéressés en outre au pourquoi ainsi qu'au comment de ces emprunts littéraires, plutôt que de se contenter de crier haro sur le plagiat. Dans un de ses essais, Warmuth décrivait notamment les mémoires de Bob Dylan comme « méticuleusement fabriqués ». Si certains y voient une vulgaire copie, d'autres estiment que le débat risque de mettre en relief l'absurdité du système de protection du droit d'auteur.

 

À noter qu'outre les emprunts, on retrouverait également des anecdotes bidonnées, ou du moins erronées, dans le premier volume des Chronicles. Notamment un passage au cours duquel Dylan est sensé voir Joe Tex et Johnny Cash ensemble à la TV à la fin des années 1980, alors que le premier artiste cité est censé être décédé quelques années auparavant.