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Les métadonnées sauveront-elles le droit d'auteur ?

Antoine Oury - 09.04.2014

Edition - Société - ayants droit - métadonnées - copyright


La consultation publique de la Commission européenne, proposant une modernisation du copyright à l'échelle de l'Union, a généré son lot d'enthousiasme et de critiques. Il était logique, voire attendu, que la Foire de Londres propose un débat sur le sujet. Ce dernier est même allé plus loin que les combats d'écoles, sur un plan technique.

(de notre envoyé à Londres)

 

 

Kate Pullinger, Eric Huang, Lucy Montgomery, Laurence Kaye, José Borghino - London Book Fair 2014

Kate Pullinger, Eric Huang, Lucy Montgomery, Laurence Kaye, José Borghino

(ActuaLitté, CC BY-SA 2.0)

 

 

En raison de cette harmonisation possible du droit européen se pose évidemment la question d'un copyright global, harmonisé cette fois à la planète entière. José Borghino, Policy Director de l'International Publishers Association, pose son véto : « Beaucoup d'auteurs utilisent la territorialité à leur avantage, et peuvent ainsi faire jouer la concurrence au moment de la vente des droits à l'étranger. » « L'éditeur britannique pourra ainsi être le concurrent de l'éditeur australien d'un auteur, sans que cela ne l'affecte », complète Eric Huang, passé par Disney ou Penguin en tant que spécialiste de l'édition numérique.

 

Kate Pullinger, auteure et expérimentatrice numérique, assure également que les traitements différenciés pour certaines parties d'une oeuvre, le numérique en premier lieu, lui a permis de « reprendre la main sur ces parties, pour les réutiliser d'une autre manière », explique-t-elle.

 

Angela Mills Wade, du Conseil européen des Éditeurs, avait assuré en une phrase que « La réponse à la machine est la machine ». Entendre que les soucis soulevés par les nouvelles technologies, sur le droit d'auteur, seraient naturellement résolus au fil des améliorations technologiques. José Borghino n'y croit pas : « C'est l'humain la réponse, pour créer une technologie qui respecte chaque ayant droit tout en assurant l'accès aux oeuvres. »

 

« On ne peut plus sortir de ce système où l'accès est primordial, rapide et simple », poursuit José Borghino. L'exemple du dernier épisode de Game of Thrones, diffusé seulement dans certains territoires du globe alors que la série est phénomène mondial, fait office de parfait exemple. Un système de copyright global serait alors parfaitement approprié, et éviterait de battre les records de piratage à chaque nouvelle saison.

 

 

Kate Pullinger, Eric Huang, Lucy Montgomery, Laurence Kaye, José Borghino - London Book Fair 2014

Kate Pullinger, Eric Huang, Lucy Montgomery, Laurence Kaye, José Borghino

(ActuaLitté, CC BY-SA 2.0)

 

 

Mais, oppose Laurence Kaye, modérateur du débat et chercheur indépendant dans le domaine des médias numériques, cela nécessiterait de revoir tout le modèle commercial de la série, et de la production audiovisuelle, qui se finance en grande partie par la vente du show aux autres chaînes. Kate Pullinger en témoigne : « Le partage est véritablement devenu une habitude, et une habitude saine : c'est comme cela que je découvre de nouveaux contenus tous les jours. »

 

Lucy Montgomery, docteure en innovation des industries créatives et notamment auteure de recherches sur les industries culturelles en Chine, revient sur la possibilité que la machine soit la réponse à la machine : « Une harmonisation et un perfectionnement des métadonnées, pourraient permettre de créer un système où les coûts seraient rationalisés et déterminés selon les usages. » Des métadonnées perfectionnées, qui contiendraient bien plus d'informations qu'actuellement, et qui pourraient permettre de fixer elles-mêmes les usages possibles ou non.