Les méthodes de tortures de la CIA qui n'existent pas

Cécile Mazin - 12.05.2015

Edition - International - CIA Obama - méthodes tortures - rapport Sénat


Comment justifier les « défaillances de la CIA » ? Simple : missionner un ancien responsable pour écrire un livre. Alors qu'une commission d'enquête du Sénat a remis des conclusions assez peu laudatives sur les pratiques de l'agence, The Great War of Our Time, signé par Michael Morell corrigerait le tir. Dans le bouquin, il explique en effet que les interrogatoires musclés ne font pas du tout partie des procédures. 

 

torture CIA agence waterboarding

Mike Licht, CC BY 2.0

 

 

La privation de sommeil, la tendre pratique du waterboarding (simulation de noyade...) et d'autres méthodes brutales notamment employées contre les détenus membres d'Al-Qaïda comptent parmi les outils de persuasion de la CIA. Mieux : ces techniques sont d'une importance cruciale pour obtenir des aveux, mais de là à parler de tortures, tout de même... La CIA est une agence civilisée ! Sauf que personne n'avait le droit d'en parler. Ni même de l'évoquer.

 

En décembre 2014, le rapport rendu public par le Sénat américain faisait bel et bien état de ces procédés inhumains. Et depuis quelque temps, le cabinet d'avocats Feinstein a passé au crible le programme de torture de la CIA : des millions de documents, et six années de pratiques. 

 

Le rapport était pourtant accablant, et le livre du directeur adjoint Michael Morell ne serait qu'une vaste fumisterie, tentant tant bien que mal de défendre la CIA et ses pratiques. En outre, Morell avait participé aux réponses apportées au Sénat, avec Bill Harlow, ancien porte-parole de la CIA. 

 

Dans l'ouvrage, Morell affirme, une nouvelle fois, que le rapport du Sénat est vicié, truffé d'erreurs, celles que même un élève de lycée ne ferait pas. Et que, finalement, on aurait sélectionné des documents, pour appuyer des conclusions d'ores et déjà convenues. 

 

Pourtant, même Barack Obama s'était ému de ces révélations. Le président avait d'ailleurs interdit le programme d'interrogations musclées à son arrivée à la présidence. 

 

L'AFP, citant le rapport, précisait en décembre dernier : « À aucun moment les techniques d'interrogatoire renforcées de la CIA n'ont permis de recueillir des renseignements relatifs à des menaces imminentes, telles que des informations concernant d'hypothétiques “bombes à retardement” dont beaucoup estimaient qu'elles justifiaient ces techniques. »

 

Et il dénonçait également de multiples mensonges, régulièrement répétés par la CIA, pour flouer la Maison Blanche. L'agence affirmait régulièrement que ces méthodes permettaient de sauver des vies, selon les propos du directeur John Brennan.