Les métiers du livre, au futur : libraire, éditeur, mutualiser ou coopérer ?

Auteur invité - 04.01.2019

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Quand on parle de mutualisation, on ne sait jamais vraiment de quoi il s’agit. Repris à toutes les sauces et souffrant d’un phénomène de mode, le terme englobe des concepts bien différents, du simple partage de pratiques à une mise en commun de moyens financiers pour défendre des ouvrages ou s’adjuger les services d’un attaché de presse ou d’un libraire volant.

Berry Hard Work Setup (3/11)
JD Hancock, CC BY SA 2.0

 
« Les degrés varient beaucoup, confirme Jérôme Besin, directeur commercial des Presses Universitaires de Rennes. Il y a une implication différente entre défendre les intérêts communs d’une filière au sein d’une association et se réunir pour mutualiser un service de diffusion. » Néanmoins, quel qu’en soit le degré, la mutualisation va toujours au-delà de la coopération, qui renvoie à une simple entraide.

Et, dans tous les cas, la mutualisation ne signifie pas économie ou restriction, mais a pour but d’apporter un service supplémentaire ou un gain de professionnalisation que l’on ne pourrait s’offrir seul. Et tirer profit d’une union des forces, telle semble bien être l’attente, et la démarche, des professionnels bretons. 
 

L'intention commune, première étape


« À plusieurs, on a plus de poids. » Ce qui paraît évident pour Delphine Hamon, directrice des éditions Palémon, l’est aussi pour bon nombre de professionnels du livre bretons. Pourtant, la mutualisation, notamment à l’échelle régionale, peine à s’installer en Bretagne. La situation est toutefois en passe d’évoluer. 

Le 9 octobre 2018, lors de la journée interprofessionnelle organisée par Livre et lecture en Bretagne, qui avait pour objectif de faire émerger les enjeux des acteurs du livre breton, une poignée d’éditeurs (Palémon, Apogée, Locus Solus et Goater) ont invité leurs confrères à poser les fondements d’une nouvelle association professionnelle. Rendez-vous a été pris pour le 14 janvier 2019 à Guingamp.

« Le constat était fait depuis plusieurs mois qu’une telle structure manquait en Bretagne. Il fallait donc que quelques-uns, une sorte de noyau dur, prennent l’initiative », plaide Jean-Marie Goater, qui appuie la démarche sur les résultats d’un questionnaire envoyé à l’ensemble des éditeurs bretons. « 90 % des 35 répondants ont déclaré utile la recréation d’une association. Cela signifie que le besoin existe », étaye l’éditeur.
 

Les formes du partage


Reste désormais à savoir quelle forme et quels buts donner à ce futur collectif. « Ce sera justement l’objet de notre première réunion », assure Jean-Marie Goater, qui espère attirer au moins une dizaine d’éditeurs à Guingamp. Mais l’enquête laisse déjà apparaître quelques sujets prioritaires, tels la représentation et la visibilité de l’édition bretonne, à l’intérieur comme à l’extérieur de la région ; les relations avec les libraires et les points de vente du livre, ainsi qu’avec les bibliothèques, médiathèques et plus largement les collectivités ; la diffusion et la surdiffusion ou 
la présence des éditeurs bretons sur des grands salons comme Étonnants Voyageurs à Saint-Malo ou Livre Paris. 

Saluée par les collectivités présentes le 9 octobre, cette annonce renforce le constat qui prédomine depuis plusieurs mois en Bretagne : la filière du livre manque de mutualisation. « Alors que nous disposons d’une filière cinéma beaucoup plus structurée qu’ailleurs, et qui fait des envieux, celle du livre est, paradoxalement, une des moins organisées. C’est une réalité », rappelait le premier vice-président de la Région Bretagne, en charge de la culture, Jean-Michel Le Boulanger, en mai dernier.

Un retard d’autant plus paradoxal que le besoin s’exprime clairement chez les professionnels du livre, et particulièrement chez les libraires et les éditeurs, conscients qu’unir leurs forces leur permettrait de mieux se structurer, de défendre leurs intérêts et d’assurer une meilleure visibilité de leurs métiers. 
 

Mutualisation, des essais sans concrétisation


Pourtant, des tentatives ont existé. Fondée au tournant des années 2000, l’association des éditeurs bretons a impulsé une réelle dynamique, alors que n’existait pas encore d’agence régionale du livre, en contribuant à structurer et à professionnaliser l’édition bretonne. « Elle portait une voix dans le paysage et a permis de monter le niveau de tout le monde », se souvient Florent Patron, qui dirige aujourd’hui Locus Solus. Mais, pour diverses raisons,
le collectif est tombé en sommeil vers 2010, tout comme l’association des libraires bretons, mise sur pied à la même époque, mais qui n’est jamais parvenue à enclencher une dynamique. 

Globalement, la mutualisation cale donc en Bretagne, alors que ce processus s’est engagé presque partout en France. Ces dix dernières années, il a en effet gagné du terrain dans la chaîne du livre, notamment chez les éditeurs et les libraires où les associations régionales se sont multipliées. Deux professions où règnent pourtant des forcenés de l’individualisme et de l’indépendance.

Mais face aux difficultés économiques engendrées par les profondes mutations que traverse l’industrie du livre, comme l’arrivée de la vente en ligne, l’évolution du comportement des consommateurs en général, l’érosion des très grands lecteurs et la concurrence de nouvelles formes de loisirs et des réseaux sociaux ou le phénomène de l’autoédition, les acteurs ont choisi de réunir leurs forces.

Un mouvement encore accéléré par l’arrivée aux manettes d’une nouvelle génération prônant davantage le collectif. Dernier exemple en date au niveau national, l’union des auteurs – une profession souvent taxée d’individualisme – au sein d’une ligue, créée cet automne et chargée de lutter pour maintenir et garantir leur statut. 
 

Le chronophagité des métiers


Pour expliquer le retard breton, la majorité des professionnels invoque notamment le manque de temps, des situations et des intérêts trop éloignés, voire des ego parfois difficiles à cadrer. « Les auteurs sont des gens souvent compliqués, qui exercent une activité par nature solitaire. Trouver un élément de mutualisation n’est pas évident », constate Frédéric Paulin, qui préside Calibre 35, le collectif des auteurs de polars d’Ille-et-Vilaine.
 
« Nos situations sont si variées qu’elles engendrent des problématiques et des attentes différentes », renchérit Dominique Leroux, directrice de la librairie Excalibulle à Brest. Amélie Raud, copropriétaire de La Courte Échelle à Rennes, distingue aussi une spécificité propre à la Bretagne.

« Ici, le militantisme de la librairie indépendante, auprès des clients comme des institutions, a limité la casse, chacun veillant à rester attaché à ce type de commerce et à conserver ces acteurs de la proximité que nous sommes. La région est peut- être moins sinistrée qu’ailleurs, ce qui fait que les professionnels ont moins ressenti le besoin de s’unir », avance la libraire qui note aussi la multiplication de micro-initiatives qui « compensent plus ou moins cette absence de mutualisation régionale ».
 
Cécile Charonnat
 

en partenariat avec Livre et lecture en Bretagne




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