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Les multiples difficultés de l'industrie du livre en Afrique du Sud

Nicolas Gary - 22.01.2014

Edition - International - Afrique du Sud - développement de la lecture - livers numériques


Il ne faudra pas compter sur l'Afrique du Sud pour le développement de la lecture numérique. Pas avant cinq ans au moins. Bande passante trop chère, offre moribonde en matière de lecteurs ebook, et une législation sur le commerce électronique étouffante, les conditions ne sont pas vraiment réunies. Et pourtant, le livre papier aurait bien besoin d'un soutien pour assurer l'avenir.

 

 

Pretoria, South Africa (9)

Prétoria, capitale de l'Afrique du Sud

Jorge in Brazil, CC BY 2.0

 

 

Une analyse structurelle du marché, réalisée par PwC note que les ventes de contenus physiques sont en baisse, de même que les ventes de livres éducatifs. Quant au marché numérique, il reste à la traîne. La principale cause de ce retard est à chercher du côté des contraintes logistiques et financières, donc.

 

Mais le cabinet met également en évidence une législation proposée par le National Treasury. Celle-ci exigerait que les cybermarchands étrangers à l'Afrique du Sud, et qui proposent des contenus dématérialisés soient enregistrés comme vendeurs locaux. Et qu'ils se voient appliquer une TVA distincte des vendeurs locaux. 

 

Concernant la TVA, les livres papier sont taxés à 14 %, un taux particulièrement fort, qui a contribué à ce que le marché, avec le temps, s'érode. Les consommateurs sont alors plus enclins à lire la presse et des magazines, plutôt que des livres. 

 

Pour les éditeurs, le marché sud-africain du livre numérique est tout aussi problématique parce qu'un vide juridique pèse sur les droits d'auteurs liés aux ebooks. L'actuelle législation n'est en effet pas alignée sur le Traité de l'Organisation mondiale de la propriété intellectuelle sur le droit d'auteur. Or, ce traité protège logiquement les investissements réalisés par les éditeurs dans les médias numériques. 

 

Illettrisme, librairies et pouvoir d'achat

 

Enfin, le marché du livre se heurte à une problématique structurelle plus importante encore : le taux d'illettrisme encore très élevé, et les faibles revenus des habitants. Si le gouvernement prend des mesures pour s'attaquer à cette problématique, avec pour projet d'éradiquer l'illettrisme avant 2020, les difficultés sont grandes.

 

La South African Booksellers' Association indique par ailleurs que les livres papier ne sont pas faciles d'accès pour les lecteurs. On compte dans le pays environ 1600 librairies, et un tiers d'entre elles sont situées dans les zones rurales. Ainsi, le South African Book Development Council estime que 51 % des foyers du pays n'ont pas un seul livre chez eux, avec 1 % de la population qui achète des livres, et seuls 14 % qui en lisent. Le livre scolaire reste donc un marché supérieur.

 

En 2008, le marché du livre pesait 4,1 milliards de rands, contre 3,6 milliards en 2012, un déclin inquiétant pour l'ensemble des acteurs. Pour 2013, la tendance devrait cependant se stabiliser, et d'ici à 2017, remonter très légèrement à 3,7 milliards de rands. 

 

En parallèle, le marché du livre scolaire a également connu une diminution, de 2,8 milliards à 2,2 milliards sur la même période. Pour les éditeurs, cela s'explique notamment par le recours à la photocopie que pratiquent les étudiants. Pour environ 30 % des matières, estiment les maisons, c'est le cas, principalement parce que les élèves n'ont pas reçu les ouvrages, ou parce qu'il ne leur est pas possible de les acheter. 

 

Vicki Myburgh, responsable divertissement et médias pour PwC est assez pessimiste : « L'impact du livre numérique sur le marché global sud-africain restera limité sur les cinq prochaines années. Les livres imprimés continueront de dominer la consommation et le marché de l'édition scolaire durant quelques années, mais les ebooks et les autres produits numériques présenteront une nouvelle voie pour ce marché. »