Les musulmans d'Inde se réjouissent de l'absence de Rushdie

Clément Solym - 22.01.2012

Edition - International - Inde - gouvernement - Rushdie


Il aura fallut quelques heures, pour qie Salman Rushdie, alerté de ce qu'une menace terroriste pouvait peser sur le festival littéraire de Jaipur, décide de ne pas s'y rendre. La liberté d'expression y perdait ce que la sécurité des auteurs présents et du public y gagnait, certes. Sacré dilemme...

 

« J'ai été informé par des sources du renseignement... que des tueurs à gages de la pègre de Bombay avaient pris la direction de Jaipur, pour m'éliminer », avait expliqué Rushdie dans un communiqué adressé à la presse. (voir notre actualitté

 

Et entre temps, les organisations musulmanes qui avaient fait pression pour que le romancier ne se rende pas en Inde y sont allées de leur petit commentaire. Mohammad Nazimmuddin, porte-parole du groupe Jamaat-e-Islami Hind, a nié que son mouvement ait quoi que ce soit à voir avec les menaces de mort qui ont pu planer sur l'écrivain. Cependant, il confirme : « C'est une bonne chose que l'écrivain ne soit pas venu. C'est ce que nous demandions. »

 

 

Jamaat-e-Islami Hind avait l'intention d'organiser une manifestation tout ce qu'il y a de plus pacifique pour protester contre la venu du romancier, auteur des Versets sataniques, que certains musulmans n'ont manifestement toujours pas digéré. Et principale raison évoquée pour que le romancier britannique ne fasse pas le voyage jusqu'en Inde.

 

Mohammad Nazimmuddin ne commentera pas non plus les informations avancées par les agences de renseignements, sur une possible attaque contre Rushdie durant la manifestation. Ce qui devient pathétique, c'est que vendredi, à l'occasion de la prière, près de 200  musulmans se sont réunis pour scander des messages hostiles à Rushdie et ont finalement été dispersés par les forces de police. 

 

Courrier International cite la rédactrice en chef de l'hebdo Tehelka. Shoma Chaudhury estime que dans cette affaire, c'est avant tout la lâcheté des politiques, alors que des élections approchent , qu'il faut dénoncer. Pour ne pas se mettre à dos et perdre l'électorat musulman, le parti du Congès, actuellement au pouvoir a préféré opter pour la fuite, en avançant le nécessaire maintien de l'ordre public.

 

Et la journaliste d'asséner : « Sommes-nous censés croire qu'un gouvernement décidé à agir ne dispose ni du pouvoir ni des hommes nécessaires pour protéger un seul écrivain contre une dizaine de voyous ? » Et de conclure son éditorial par : 

L'affaire Salman Rushdie est un concentré de tous les aspects du débat sur la censure : à la fois ses dangers réels et extrêmes, et ses postures ridicules. Rushdie en est à la fois l'histoire et la parodie. Si Les Versets sataniques repoussait les frontières de  la foi religieuse établie, son auteur foulait le sol sacré réservé aux écrivains, aux artistes et aux penseurs, c'est-à-dire à ceux-là même dont le rôle est de préserver l'âme d'une société, de repousser les limites de son imagination. 


En réalité, personne ne sait plus ce que Rushdie faisait dans Les Versets sataniques : ni ceux qui se sentent offensés par lui, ni ceux qui le défendent. Personne ou presque, y compris l'auteur de ces lignes, n'a eu le droit de lire ce livre [le roman est toujours à l'index en Inde]. Le bruit autour de Rushdie, par conséquent, n'est que bavardage d'ignorants. L'écrivain est devenu l'incarnation vivante de la banalité d'une interdiction, d'un combat dans le vide.

  

Sanjoy Roy, l'organisateur du Salon, explique qu'il y a urgence à ce que l'Inde s'interroge sur la possibilité d'empêcher à ce point une personne d'exprimer ses idées, et surtout « pourquoi, alors que nous sommes une nation, nous continuons de tomber sous une pression ou une autre. C'est un énorme problème pour la démocratie indienne ». 

 




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