Les Napolitains ouvrent une librairie unique, gérée par les citoyens

Nicolas Gary - 05.08.2014

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iocisto est une première du genre en Italie, et plus spécifiquement à Naples. Dans le quartier de Vomero, cette initiative est le fruit presque provocateur d'un journaliste et d'un ancien rédacteur en chef. C'est aussi la réponse à la fermeture de trois librairies dans la ville, une Fnac, Loffredo et Fuida, pour réaffirmer malgré tout l'importance de la lecture.

 

 

 

 

Le 13 mai dernier, la Fnac de Naples ferme ses portes, et Sabatino Cyrus déplore l'appauvrissement de l'offre culturelle. Ce rédacteur en chef d'un journal local lance alors à la population un appel solennel, tout à la fois citoyen et littéraire. Qu'ils ouvrent, tous ensemble, un espace dans lequel ils seront chacun investis et personnellement impliqués. C'est ainsi qu'émerge iocisto

 

Tout est parti des réseaux sociaux, pour que cette librairie voie le jour. Et rapidement, des milliers de personnes prennent part au projet. Les extensions sociales poussent sur les réseaux, Facebook, Twitter, bien entendu. Mais à peine trois mois après le fameux appel, voici que le lieu prend vie. Une sorte de Maison du livre, que tout un chacun peut faire vivre. « Ils ferment les librairies ? Eh bien nous ferons notre propre librairie. » 

 

Dans un local, rue Cimarosa, au numéro 20, l'établissement est né d'un actionnariat commun ce 21 juillet. Les étagères regorgent de livres, avec une ouverture entre 9 h et minuit. L'emplacement rêvé pour les petites maisons d'édition locales, qui disposent soudainement d'une visibilité idéale auprès des lecteurs. Et l'on y retrouve même un espace consacré aux jeunes auteurs italiens. 

 

 

 

 

Dans son appel, Ciro était limpide : « Tu sais ce que je pense de la Fnac ? Que ces gens mourront sous les smartphones et les tablettes. Ils ne sauront jamais ce que peut être que de tacher un livre avec du Nutella. » En somme, la fin de la Fnac, c'était presque une bonne chose. « C'est difficile de rester là à regarder, impuissant, ce qui se passe. Je vous assure. Et difficile de vivre sans livres. » iocisto était déjà au bout des lèvres.

 

Même les procédures administratives furent bouclées en un temps record, encourageant les habitants mobilisés à une plus grande solidarité autour de ce lieu. 

 

Dans les prochaines semaines, iocisto sera animé par des manifestations diverses, et il suffit, pour s'y impliquer, de souscrire à l'association fondée. Des rencontres interviendront par la suite, et à compter de l'automne, une ouverture plus grande sera proposée, pour devenir pleinement participant au projet. Le tout avec un message simple : iocisto devient « la librairie de tous ». 

 

Loin des clichés traditionnels d'une ville de criminalité et d'oisiveté, c'est un tout autre visage que Naples offre désormais. Une mobilisation forte, et une véritable passion pour la lecture et le partage. (via La Repubblica)