Hachette et Amazon : ni bon ni brute, reste alors le truand ?

Nicolas Gary - 05.06.2014

Edition - International - Hachette Book Group - Amazon - vente livres


Avec le temps, et passées les premières émotions, les commentateurs ont pris conscience qu'il n'y avait certainement ni méchant ni gentil, réellement, dans le conflit opposant Amazon et Hachette Book Group. La lassitude n'a pas encore frappé, mais il est certain que les clients doivent être un peu ennuyés de ne pas pouvoir passer correctement leurs commandes. Surtout que quelques points ont évolué depuis les premiers articles dans la presse.

 

 

 

 

Il semble tout d'abord qu'Amazon ait commencé à faire des efforts, en proposant quelques titres dans des conditions plus conventionnelles dans ses pages. Si HBG ne fait pas de commentaires spécifiques, le groupe prend note de cet imperceptible revirement. D'ailleurs, aucun accord n'a à ce jour été trouvé entre les deux sociétés. « Il semble qu'Amazon ait pris conscience de la remise qui est en cours chez tous les autres revendeurs, et qu'ils fassent un peu de remises et de baisses de prix également », note un porte-parole de Hachette.

 

Le livre en question est celui de TD Jackes, Instinct : Amazon propose 40 % de remise, et une livraison en moins de 48 heures. Un geste, certes assez modeste, mais tout de même constaté. 

 

Il est vrai que les libraires et revendeurs des grandes chaînes américaines se sont quasi précipités sur cette occasion de reconquérir un peu le public. Barnes & Noble, WalMart, ou Books-A-Million ont proposé des remises de 40 % sur les titres de Hachette, avec des expositions particulièrement importantes pour les ouvrages. 

 

Amazon continue de défendre sa ligne de conduite, assurant que sa politique ne diffère en rien de celle pratiquée avec les autres fournisseurs, dans le cadre des négociations habituellement pratiquées. La firme avait même encouragé les clients à aller acheter ailleurs, s'ils ne trouvaient pas leur bonheur dans les pages du site. 

 

Un appel que les libraires indépendants de Seattle, la ville où est basé le siège social d'Amazon, ont très bien entendu. Dans la continuité des opérations pratiquées par les chaînes de revendeur, les indépendants se lancent dans des campagnes de séduction. Ainsi, la grande librairie Third Place Books met l'accent sur ses offres, avec des remises certes moins importantes que dans les chaînes, mais souligne la qualité de son conseil. Et plus généralement, le rôle des boutiques de brick and mortar dans la recommandation et le choix de lectures pour les clients.  

 

En bande son : Ennio Morricone ?

 

Ni bon, ni brute, dans cette affaire : juste deux truands ? C'est en substance ce que dit le journal de l'American Libraries. D'un côté l'un des cinq plus gros éditeurs du pays, de l'autre, un monstre de la vente en ligne. Et en point commun, un goût prononcé pour la négociation. Amazon et Hachette sont bien deux méchants : l'un parce qu'il fait pression sur son fournisseur, l'autre parce qu'il a lancé une campagne de publicité anti-Amazon, que même la ministre de la Culture, en France, a relayé de bon coeur.

 

Mais tout cela n'est qu'un paradigme classique de l'édition : celui des éditeurs face aux libraires, dans la négociation des marges, des remises et du placement de produit. Avec pour finalité, d'un côté comme de l'autre, une recherche de profit qui les pousse à mener des discussions serrées.

 

Chuck Wendig a une comparaison qui est assez intéressante, pour comprendre l'ensemble du problème. Il suggère qu'Amazon et Hachette sont tout à la fois des monstres types Godzilla et des colonies bactériennes. Deux types de créatures avec des comportements remarquables. « Ils veulent se développer. Ils veulent piétiner. C'est leur nature. » Et d'ajouter que, finalement, Amazon a saisi l'occasion de se développer autour du livre, un objet culturel, quand les éditeurs cherchent à préserver leur commerce. « Les auteurs et les lecteurs se retrouvent au milieu. »

 

« Je pense que, lecteurs et auteurs, notre meilleure solution est de continuer à diversifier la manière dont nous écrivons les livres, la manière dont nous les publions, la manière dont nous les achetons, et dont nous les lisons. […] Nous devrions penser à des livres moins comme des appareils de divertissement personnel ou des morceaux de contenus, et les envisager comme les parties d'un tout - en tant que parties d'une culture, au-delà du simple plaisir auto-satisfait. C'est ainsi que nous soutiendrons les histoires et les conteurs du monde entier. »