Les numérisations de Google Books, simple outil pour contrer Amazon

Clément Solym - 07.08.2012

Edition - International - Google Books - procès - Author's Guild


Important rebondissement dans le procès qui oppose Google aux auteurs engagés dans un recours collectif contre la numérisation et l'exploitation abusives de leurs oeuvres par le géant américain et sa plateforme Google Books. Des documents révélés dans une requête déposée auprès de la Cour portent à croire que l'initiative de numérisation de masse de Google n'était qu'un moyen de mettre des bâtons dans les roues d'Amazon. Ces révélations égratignent l'image de Google, mais ébranlent également l'argument phare de sa défense, l'intérêt du public et le « fair use ».


google_logo

(auteur : keso)


Hier, les auteurs réclamaient 750 $ par livre numérisés par Google, en rejetant strictement l'utilisation du concept de « fair use » par la défense de la firme : une rapide estimation permet d'estimer l'amende payée par Google, si la décision finale de la Cour va dans ce sens, à plus d'1 milliard $. Souvenons-nous qu'il y a un an à peine, Google tentait de s'en sortir en versant 125 millions $... (voir notre actualitté)

 

Et c'est l'Author's Guild, qui avait déjà porté la bannière des 750 $ par livre numérisé, qui a dévoilé ce document, lequel rassemble plusieurs documents internes de la multinationale du web. Et il sera difficile pour le géant de tenir sa ligne de conduite de grand mécène de l'accès public à la culture... Plusieurs extraits confirment la description que l'Author's Guild faisait de Google Books, qu'elle résumait à « un simple avantage concurrentiel sur ses rivaux du marché des moteurs de recherche ».

 

Ainsi, dans un document interne qui visait à présenter les tenants et aboutissants du programme de numérisation de Google, la firme précise qu'elle souhaite que « les spécialistes des contenus littéraires numériques viennent chez Google, et non chez Amazon », mais surtout que son objectif principal reste « faire du chiffre » (« make money »), au point que le reste « est secondaire ».

 

Sans aucun doute, l'Author's Guild vient de marquer un point, peut-être même celui qui lui permettra de remporter un combat judiciaire qui dure depuis près de 10 ans. D'autant plus que les informations semblent solides, et sont même confirmées par Dan Clancy, un ancien ingénieur de chez Google : « Considérant qu'aucun autre moteur de recherche n'investissait dans un projet similaire, nous pensions que cela améliorerait l'expérience de nos utilisateurs, et de fait, le produit que nous proposions, ce qui nous donnerait un avantage. »

 

Dès lors, l'argument du « fair use » avancé par Google perd toute sa crédibilité : jusqu'à présent, la firme avait à coeur de prouver que Google Books n'avait eu aucun impact sur les ventes des livres numérisés, qu'il n'avait enfreint aucun copyright en proposant seulement des extraits et même qu'il constituait une sorte d'initiative non commerciale, simplement destinée à référencer les titres de la bibliothèque mondiale... et aucunement destinée à asseoir le monopole de Google.

 

Fair use, peut-être, mais c'est plutôt de fair play que la firme aurait besoin...