Allemagne : le syndicat d'auteurs VS critique Amazon, ce "Big Brother"

Antoine Oury - 08.07.2015

Edition - Economie - syndicat Verdi - Allemagne - Amazon


Le syndicat allemand d'auteurs VS a publié un communiqué de presse abrasif, qui s'en prend à Amazon et plus précisément à ses offres de lecture illimitée par abonnement et de prêt de livres numériques. Alors que les solutions du type Kindle Unlimited ont été étudiées de près en France, le syndicat est intransigeant : Amazon se comporte en Big Brother, puisqu'il va surveiller ce que les lecteurs lisent, afin de rémunérer les auteurs.

 

Andre Giant - Obey

Obey, par Shepard Fairey (Eva Rinaldi, CC BY-SA 2.0)

 

On imagine aisément que le syndicat VS veillera à une rémunération correcte des auteurs à travers le système d'abonnement pour une lecture illimitée d'Amazon, mais l'organisation se concentre pour l'instant sur le mécanisme utilisé par le géant américain pour calculer les sommes reversées aux éditeurs et aux auteurs.

 

Comme en France et dans le monde, Amazon rémunère au pro rata des pages lues, dès lors que 10 à 20 % du livre ont été lu : sous cette barre, l'auteur et l'éditeur ne toucheront rien, et la lecture sera considéré comme un coup d'oeil sur le livre, similaire à celui que l'on peut faire en librairie. Une fois le niveau atteint, Amazon surveillera l'avancement dans l'ouvrage, et, par un savant calcul, obtiendra les rémunérations adéquates.

 

« Il s'agit d'une intervention autoritaire dans la relation entre un lecteur et un ouvrage, et, par extension, entre un lecteur et un auteur », s'inquiète Eva Leipprand, présidente de l'Association des écrivains allemands VS. D'après l'organisation, un tel système pourrait même avoir des répercussions stylistiques sur la littérature, avec des écrivains obligés de multiplier les cliffhangers, ces moments de suspens qui poussent le lecteur à tourner la page. Une certaine littérature pourrait se trouver pénalisée.

 

Le sujet a été évoqué lors de la dernière assemblée générale de VS, avec le fameux traité transatlantique et la préservation du droit d'auteur. « Le livre, dans un contexte de numérisation et de mondialisation, ne doit pas être laissé aux puissances et aux lois du marché », conclut VS.