Les petits-fils d'Ernest Hemingway en pèlerinage à Cuba

Julien Helmlinger - 09.09.2014

Edition - International - Ernest Hemingway - Prix Nobel de littérature - Cuba


À la fin des années 1930, l'écrivain américain Ernest Hemingway arriva par voie de mer à Cuba, à bord de son célèbre yacht El Pilar, île sur laquelle il s'installerait entre 1939 et 1960 à Cojimar. Tout comme lui, à bord d'un bateau, deux de ses petits-fils, John et Patrick, ont fait escale ce lundi à l'est de La Havane pour célébrer les 60 ans du prix Nobel de littérature de leur aïeul. Une récompense qu'il avait obtenue avec un titre écrit sur place, prix qu'il dédia au peuple cubain.

 

 

Castro et Hemingway, à la Finca Vigia (CC BY 2.0 )

 

 

John et Patrick Hemingway, des journalistes américains et autres experts de la navigation, ont accosté à Cojimar, ancien village de pêcheurs. Pas moins de quatre yachts étaient du voyage commémoratif, escortés par une dizaine de bateaux de pêche. Comme le confie John à l'AFP « : C'est une journée très émouvante. Se trouver ici dans le village de Cojimar revêt à la fois une dimension personnelle, familière et aussi à mon sens historique. »

 

Environ 200 personnes sont venues les accueillir là où Ernest Hemingway avait lui-même coutume d'amarrer son bateau, dans les eaux du détroit de Floride qui relie l'Océan Atlantique au golfe du Mexique. L'embarcation de l'écrivain, El Pilar, fête d'ailleurs les 80 ans de son acquisition par l'auteur du Vieil homme et la mer, passionné de pêche au gros. Elle était gardée et entretenue par Gregorio Fuentes, un ami et confident de l'écrivain, décédé en 2002.

 

À Cojimar, Hemingway s'était fait des amis, et notamment parmi les pêcheurs locaux qui l'appelaient affectueusement « Papa ». Le Vieil Homme et la Mer, oeuvre évoquant le combat opposant un vieux pêcheur cubain et un énorme marlin, lui aurait été inspiré par les lieux. Après son suicide en 1961, des pêcheurs cubains ont fait fondre une ancre marine et autres objets de bronze pour honorer la mémoire de l'écrivain en faisant fabriquer un buste à son effigie.

 

Accompagnés par plusieurs villageois, les petits-fils ont déposé une gerbe au pied du monument. Ils étaient accompagnés par une vieille connaissance du Nobel, Osvaldo Carrero Piña. Il l'avait rencontré lorsqu'il avait à peine 13 ou 14 ans, mais explique qu'une « amitié s'est ensuite nouée entre eux ». L'homme se souvient notamment de la fête organisée par Hemingway à la fin du tournage de l'adaptation ciné du Vieil homme et la mer par John Sturges.


Le témoin cubain, en riant, partage une anecdote de la soirée donnée par l'écrivain : « Il s'est exclamé : c'est une fête de magnats ou de pêcheurs ? Le seul (non-pêcheur) qui a pu rester à sa table a été Manolo Ortega (célèbre présentateur de la télévision cubaine). » Un autre habitant de l'île, Mario Alonso, se souvient quant à lui de sa générosité envers ceux qui l'aidaient à préparer le poisson et recevaient une peseta et parfois des morceaux d'aiguilles de mer en guise de remerciement.

 

Les petites adresses cubaines de l'écrivain

 

Ce n'est pas la première fois que les petits-fils d'Hemingway se rendent sur les traces de leur grand-père à Cuba, mais cette fois, ils ont visité ces lieux où l'écrivain avait ses habitudes. Battant pavillon américain comme cubain, en dépit de l'absence d'échanges diplomatiques depuis 1960 entre les gouvernements des États-Unis et de Cuba. Tout un symbole.


Parmi les adresses d'Hemingway à Cuba, on retrouve notamment sur le front de mer La Terraza, un lieu où Ernest se rendait parfois avec Gregorio Fuentes et sa dernière épouse, Mary Welsh, où l'on peut encore s'asseoir à la table préférée de l'écrivain, ou admirer sur le mur une photo immortalisant sa rencontre avec l'ex-président Fidel Castro en 1960.

 

À La Havane, entre 1932 et 1939, Hemingway occupait la chambre 551 de l'hôtel Ambos Mundos (les deux mondes), un modeste immeuble de quatre étages construit en 1924 au coin de Las Calles Obispo et Mercaderes. Non loin, l'écrivain aimait à siroter ses mojotos au café La Floridita (la petite Floride), une adresse évocatrice de l'État américain dans lequel il avait auparavant résidé. Une statue de bronze grandeur nature au bout du comptoir lui rendrait toujours hommage.

 

Son ancienne maison, la Finca Vigia (La ferme vigie), dans la ville voisine de San Francisco de Paula, a été transformée en musée et abrite dans son jardin le yacht El Pilar, en cale sèche.