Les poètes édités par des poètes : cercle vicieux ?

Clément Solym - 26.01.2012

Edition - Société - Poésie - Edition - Patterson


Qui pouvait se douter que la poésie, genre personnel et intimiste s'il en est, était l'objet de féroces séances de réécritures entre poètes et éditeurs ?

 

En effet, il semble que les méandres amenant à l'édition d'un poème soient encore plus tortueuses qu'il n'y parait. Sameer Rahim, éditeur et contributeur en actualités poétiques au journal britannique Telegraph, nous livre les ficelles du monde méconnu de l'édition poétique.

 

Se basant sur les vers de Dante, relatant son sauvetage par son héros et mentor Virgile, il interpelle sur un point précis de cet univers. Le travail d'un poète doit-il passer par le regard d'un autre pour être éditer ?

 

Au regard de l'édition poétique aujourd'hui, il n'en fait aucun doute. Beaucoup de poètes sont également éditeurs. Cette relation que l'on pourrait qualifier d'incestueuse, est tout à fait habituelle et la phrase d'Ezra Pound est là pour le rappeler « il y a parfois ce sentiment que pour éditer de la poésie, vous devez être un poète ».

 

 

Cet adage est encore en vigueur aujourd'hui, comme en atteste Don Patterson, un des poètes phares de l'éditeur Hollis. « Un non-poète ne peut reprendre ligne par ligne un poème, c'est essentiel qu'il soit aussi un écrivain ». La réécriture et la correction par ses paires peuvent avoir quelque chose de malsain, mais en règle générale les poètes eux-mêmes s'en réjouissent.

 

Mais ce système d'édition a besoin de limites. Notamment en ce qui concerne l'écriture, le problème est que les poètes éditeurs risquent de publier des poèmes qui leur ressemblent. Don Patterson confirme qu' « il y a eu des cas notoires ces cinquante dernières années de poètes forgeant des collections entières à leur image, sans se soucier du carnet de route ».

 

Le souci du langage oblige aussi les éditeurs-poètes à faire très attention, et certains s'en sont mêmes remis à ne faire éditer des poèmes d'un auteur que par ses compatriotes. D'autres solutions ont été envisagées. Par exemple Adam Schwartzman, poète sud-africain édité chez Carcanet, écrit dorénavant le nom des fleurs et des lieux dans ses textes dans sa langue originelle, l'afrikaans.

 

Dérives en perspective

 

Don Patterson est des deux côtés de la barrière, et il avoue avoir un comportement complètement différent quand il est dans son rôle d'éditeur ou dans celui d'auteur. « Je suis encore impressionné par mes réactions infantiles et déraisonnables quand je discute avec mon éditeur » confie-t-il.

 

Cette double casquette éditeur-poète peut devenir un problème dans le cas où le protégé devient plus connu et –pire encore- plus doué que son mentor. Sameer Rahim nous rapporte des rumeurs affirmant qu'un poète avait été exclu de la short-list finale d'un prix sous le prétexte qu'un juge, également poète, avait du ressentiment envers cette personne qu'il estimait avoir découvert et qui connaissait alors un succès commercial bien plus grand.

 

Toutefois, il existe des exceptions, des OVNIs dans le monde de l'édition poétique. Michael Longley est de ceux-là. Il n'a pas besoin de beaucoup plus qu'une « tape dans le dos » et la création d'un numéro ISPN avant d'être publié.

 

Michael Longley, le dernier des Mohicans ?