Les portails pirates opposés à Elsevier ferment leurs portes

Antoine Oury - 03.11.2015

Edition - International - éditeur Elsevier procès injonction - portails pirate - Sci-Hub Libgen


En mars dernier, le groupe d'édition Elsevier déposait une plainte auprès du tribunal de New York contre plusieurs portails qui proposaient en accès libre des articles scientifiques diffusés au sein des offres payantes de l'éditeur. Sci-Hub ou LibGen, entre autres, créés par des chercheurs opposés au système de publication des articles scientifiques en vigueur, devront fermer leurs portes suite à une injonction du juge.

 

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(kate_harbison, CC BY-SA 2.0)

 

 

Les créateurs des portails eux-mêmes n'avaient que peu d'espoir dans la défense, étant donné qu'il était clair que leurs actions étaient considérées comme des violations du copyright de Elsevier. « Grâce au procès intenté par Elsevier, j'ai atteint un point de non-retour », remarquait Alexandra Elbakyan, créatrice de Sci-Hub, il y a quelques semaines. « Je dois désormais prouver que nous avions totalement le droit de faire ceci, ou bien risquer de me faire exécuter comme tous les autres "pirates". »

 

Le procès n'est pas terminé : Elsevier avait réclamé au juge du tribunal de New York une injonction pour obliger les différents sites à fermer, de manière préventive, pendant la durée du procès. Le juge a validé cette demande, et formulé quelques observations qui laissent deviner l'issue du procès. « Les défendeurs ne peuvent être légalement lésés par l'impossibilité de poursuivre le vol des contenus du plaignant, même s'ils le faisaient pour des raisons d'intérêt public », a souligné le juge pour motiver sa décision.

 

Alexandra Elbakyan, seule personne réelle citée dans les prévenus du procès, a défendu l'esprit de son portail Sci-Hub en expliquant dans un courrier ce qu'elle pensait de l'édition académique, scientifique, médicale et technique. Pour ce type de publications, des chercheurs allouent une partie de leur bourse de recherche à l'achat d'une publication dans une revue scientifique, source d'authenticité et de prestige. Mais les autres chercheurs sont contraints d'acheter ces mêmes revues pour lire les découvertes de leurs confrères, et ce, même si la recherche initiale était financée par de l'argent public. 

 

« [Les chercheurs] se sentent obligés de participer à ce système parce qu'Elsevier est propriétaire d'un certain nombre de journaux considérés comme influents. Si un chercheur veut être reconnu, et se faire un nom, il doit avoir des articles publiés dans ces journaux », rappelait Alexandra Elbakyan pour sa défense, et n'hésitait pas à évoquer le « racket » d'Elsevier.

 

Le juge a toutefois mis un sérieux bémol aux méthodes d'Elbakyan : « Sa solution aux problèmes qu'elle identifie, qui est celle de rendre disponible des contenus sous copyright gratuitement, dessert l'intérêt public. » Le juge a également rappelé que les « idées et concepts » étaient libres de circulation, quand l'usage loyal (le fair use) permet des usages à des fins de recherche ou pédagogiques plus permissifs. Les différents portails visés par la plainte d'Elsevier devraient fermer prochainement.

 

(via Torrent Freak)