Les pratiques de travail d'Amazon en Europe : un choc des cultures

Julien Helmlinger - 06.08.2013

Edition - International - Amazon - Grèves - Pratiques de travail


Alors qu'outre-Atlantique la firme Amazon est saluée par le président Obama comme « un parfait exemple d'entreprise qui investit dans les travailleurs américains et la création d'emplois stables », en Europe pas de célébration. Non : les dents grincent. Dans ses entrepôts en Allemagne, deuxième marché de la multinationale, les employés sont en grève. On reproche au géant d'avoir importé des pratiques de travail allant contre les normes européennes. Serait notamment pointée une certaine antipathie ressentie par les syndicats.

 

 

 (CC by 2.0)

 

 

En Europe, les grandes entreprises technologiques à l'américaine rencontrent de plus en plus d'obstacles à leur développement. Un constat qui ne vaut pas uniquement pour Amazon, cette défiance touche également des firmes comme Google ou Facebook. Des sociétés notamment dans le collimateur des législateurs européens pour leurs pratiques fiscales et concurrentielles.

 

Par ailleurs, Google s'est vu sanctionné par les autorités allemandes pour avoir récolté illégalement des données personnelles dans le cadre de l'élaboration de son service cartographique Street View. Et les régulateurs européens en matière de confidentialité envisagent de se doter de règlements sévères pour protéger les internautes des entreprises qui puisent dans leurs données personnelles.

 

L'innovation et la compétitivité d'Amazon face aux syndicats

 

Les protestations syndicales, en Allemagne, arguent que les salariés oeuvrant dans les entrepôts de deux petites villes locales devraient être classés parmi les employés de commerce de détail. Les syndicats estiment qu'ils devraient être rémunérés au taux le plus élevé requis pour les personnes qui travaillent dans les magasins de détail. En revanche, pour Amazon ils sont classés comme des travailleurs de l'entrepôt, et rémunérés à un taux inférieur.

 

Selon Dave Clark, vice-président des opérations à travers le monde et du service à la clientèle d'Amazon, les syndicats seraient des intermédiaires qui voudraient avoir leur mot à dire dans tous les domaines. Qu'il s'agisse des horaires de travail comme des procédés de manutention et d'emballage des commandes. Sous-entendu que ces prétentions pourraient nuire à l'innovation qui fait la croissance hors-norme de l'entreprise ainsi que son expérience client.

 

Clark explique que leur industrie est encore en plein développement. Tandis que la firme Amazon a dépensé 775 millions de dollars l'an passé, pour l'acquisition d'un fabricant de robots qu'il projette de déployer à terme dans ses entrepôts, elle n'aimerait pas avoir besoin de recueillir l'approbation des organismes syndicaux pour pouvoir mettre en oeuvre ces changements.

 

Aux États-Unis, le géant de l'e-commerce s'est jusqu'ici bien débrouillé pour déjouer les efforts de syndicalisation en ses rangs. On se souvient notamment de l'échec dans l'État de Washington, d'une tentative d'organisation des représentants du service clientèle d'Amazon, ou encore de cet épisode en Pennsylvanie qui aurait vu des ambulanciers stationner à la sortie d'un entrepôt pour prendre en charge des employés en proie à des chocs thermiques sur leur lieu de travail.

 

En Europe, comme en Allemagne, le rapport de force risque d'être quelque peu différent tandis que des organes syndicaux se sont taillé une place dans le paysage parfois depuis plus de deux siècles. Comme l'explique monsieur Courtney, chef de la Fédération des syndicats basée en Suisse, d'autres géants américains, dont IBM et Hewlett-Packard, ont été plus tolérants envers les syndicats européens.