Les préadolescents, une énigme pour les éditeurs ?

La rédaction - 04.08.2016

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Ces deniers temps, les éditeurs jeunesse ont concentré toute leur énergie sur leurs collections « grand format », les fictions à destination des adolescents. Communément appelés les « Young Adult », les jeunes de plus de treize ans sont choyés par le monde de l’édition. Hunger Games, Divergente, Nos étoiles contraires… On ne présente plus ces grands succès. Mais… qu’en est-il est des plus jeunes, les préados ?

par Mathilde de Chalonge

 

Group of teens at the beach

Vladimir Pustovit, CC BY SA 2.0

 

 

Ce lectorat semble difficile à appréhender. Trop grand pour les histoires du Père Castor, trop petit pour être confronté à des scènes d’amour, trop âgé pour se contenter d’intrigues basiques, mais trop jeune pour lire une fiction de plus de 100 000 mots… Le préado est un public qui donne du fil à retordre aux éditeurs. 

Les préadolescents sont-ils une énigme pour l’édition ? 

 

Middle grade versus Young adult 

 

À partir de quel âge devient-on un adolescent ? Dès que l’on entre dans les années « teen » selon les Anglo-saxons, soit de treize ans à dix-neuf ans. La littérature Young adult correspond à cette tranche de vie.

 

Les Britanniques n’ont aucune difficulté à dresser des murs entre leurs différents publics : de huit à douze ans les enfants font partie de la fourchette « middle grade ». Il s’agirait pour nous de ce que l’on appelle les préadolescents. Ils ont acquis les bases de la lecture, mais ne sont pas encore des « young adults », prêts à affronter des situations complexes.

 

De nombreux articles et blogs littéraires anglo-saxons traitent de cette séparation entre la littérature middle grade et Young Adult. Je me fonderai notamment sur les réflexions synthétiques de Marie Lamba publiées dans The Writer’s Digest. « Un livre qui ne répond pas aux caractéristiques fixées pour chaque catégorie est un livre qui ne se vend pas » : les règles éditoriales du genre semblent très strictes.

 

Les romans proposés au « middle grade » doivent comprendre entre 30 000 et 50 000 mots, éviter la violence, les injures et la sexualité. Un premier baiser sera toutefois autorisé. Les personnages ont entre dix et treize ans. L’intrigue se concentre sur les amis et la famille du protagoniste, laissant peu de place à l’introspection, ce qui est renforcé par une narration à la troisième personne. À l’inverse, les fictions pour Young Adult dépassent les 50 000 mots et les restrictions de contenu ne s’appliquent pas aussi strictement que pour la littérature middle-grade. La narration à la première personne donne lieu à des réflexions sur l’individu et à son analyse du rapport au monde.

 

La France ne se satisfait pas de ce découpage

 

Les éditeurs français jugent toutefois ce découpage trop simpliste, et la fourchette 8-12 ans est considérée comme étant trop étendue.

 

J’avais douze ans il n’y a pas si longtemps que ça. Qu’est-ce que la « moi-de-huit-ans » avait en commun avec la « moi-de-douze-ans » ? Pas grand-chose. Mes préoccupations, et par conséquent mes lectures, n’étaient absolument pas les mêmes. À huit ans je dévorais la série Danse d’Anne-Marie Pol, Grand Galop de Bonnie Bryant, tout en relisant Les Quatre filles du Docteur March chaque été. À mon entrée au collège, j’étais déjà soucieuse de devenir une adolescente et je recherchais de la littérature pour les « grands » : des livres plus longs, aux aventures plus intenses, et avec beaucoup d’histoire d’amour, je dois bien l’avouer. Les histoires de poney m’intéressaient moins… 

 

Quatre filles et un Jean d’Ann Brashares, Journal d’une princesse de Meg Cabot, Les Orphelins Baudelaire de Lemony Snicket, La Quête d’Ewilan de Pierre Bottero… Mes formats de lecture avaient quadruplé. Pourtant, étais-je déjà une ado ? Etais-je encore une enfant ?

 

Pas encore assez âgé pour lire Twilight, mais trop vieux pour Le Club des Baby-sitters d’Ann Martin, l’enfant « middle grade » est difficile à accrocher. « La fourchette du middle-grade anglo-saxon est trop large » annonçait récemment le directeur éditorial de Milan, Christophe Tranchant. 

 

Comment appréhender les préados ?

 

La fourchette middle grade est trop étendue pour satisfaire son public. À partir de dix ans – voire même avant, et encore plus avec l’entrée au collège, l’enfant devient un préadolescent. Les éditeurs français tentent de capter ce lectorat et lui proposer des livres qui lui ressemblent, ni trop enfantins, ni trop adultes.

 

En octobre prochain, Milan lancera une collection de romans pour les 10-13 ans, Grafiteen : « Nous nous concentrons sur les préados, les 10-13 ans. C’est une génération de l’image, habituée à l’immédiateté et la gratuité, qui se définit comme “cool”, a de l’humour, mais décroche parfois de la lecture. ». C’est une « nouvelle génération de lecteurs, biberonnés à l’image, habitués à interagir, un pied dans le réel, un pied dans le virtuel, mais plus que jamais demandeurs de fiction », annonce l’éditeur. 

 

Gallimard jeunesse catégorise également son lectorat en 9-13 ans, plutôt qu’en 8-12 ans. Cette légère modification peut paraitre insignifiante, mais prend tout son sens dans une société qui devient adolescente de plus en plus jeune et qui débute un nouveau cycle en CM1. La section 6-9 ans se concentre sur l’acquisition de la lecture et sur sa découverte en autonomie quand la section 9-13 ans peut s’affranchir partiellement de ces contraintes éducatives. 

 

12-4-10

Alexis Nyal, CC BY 2.0

 

 

Hachette a également fait évoluer sa traditionnelle « bibliothèque rose » et « bibliothèque verte ». Les deux peuvent être lues de concert, et les catégorisations en âge se font désormais au sein même de ces collections. La bibliothèque rose cible les préados filles de 10-12 ans, et surfe sur la novélisation des séries TV et films, quand la bibliothèque verte s’adresse à un public plus masculin, de 10 à 12 ans également. En revanche, Flammarion jeunesse propose une collection Grand format allant de 10 à 16 ans. La maison choisit-elle de zapper la préadolescence pour s’attaquer directement à l’adolescence ? N’y aurait-il donc plus de jeunesse ?

 

À l’inverse, l’éditeur Rageot va encore plus loin dans le catalogage en fonction de l’âge de ses lecteurs, avec des livres à partir de huit, neuf, dix, onze, douze et treize ans. Rageot essaye de capter au mieux les différences de sensibilité et de maturité chez ces enfants en cours de transformation. 

 

Si une fourchette trop large risque de manquer son public, une fourchette trop restreinte peut également faire fuir ceux qui se situeraient à la limite d’âge. C’est également aux parents et à l’enfant de savoir où il se situe. Grande lectrice, j’avais l’habitude de me tourner vers des fictions pour un public plus âgé que je ne l’étais quand certains de mes amis préféraient s’attarder sur les fictions pour plus jeunes qu’eux.

 

Comment cibler un public qu’on a du mal à définir ?

 

Tel est le défi que doivent relever les éditeurs quand il s’agit de s’adresser aux préadolescents. 10-12 ans ? 9-13 ans ? 8-12 ans ? 10-16 ans ? Cette période de flou, dans laquelle l’on n’est ni un adolescent ni un enfant, est pleine d’enjeux et d’opportunités. Le tout est de s’engouffrer dans la brèche, trouver un créneau et se positionner sur le marché. Plus que tout, il faut tenter d’accrocher l’imaginaire de ces jeunes lecteurs en transition… pour qu’ils deviennent les lecteurs adultes et épanouis de demain. 

 

 

 

En partenariat avec Allbrary


Pour approfondir

Editeur : Gallimard-Jeunesse
Genre : documentaire...
Total pages : 146
Traducteur :
ISBN : 9782070553068

Paroles pour adolescents

de Dolto, Francoise; Dolto-Tolitch, Catherine; Percheminier, Colette (Auteur)

Des adolescents, Françoise Dolto disait qu'ils sont comme le homard pendant la mue, sans carapace, confronté à tous les dangers et à la nécessité d'en « suinter » une autre. Pour les aider à accomplir cette métamorphose qui est comme une seconde naissance, Françoise Dolto, sa fille Catherine Dolto-Tolitch et Colette Percheminier ont écrit ce livre.

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