Les précommandes de livres Hachette partent aux oubliettes

Nicolas Gary - 23.05.2014

Edition - Economie - Hachette Book Group - Amazon - délais de livraisons


Nouveau rebondissement dans le conflit entre Hachette Book Group et Amazon. Les deux sociétés sont toujours fâchées, pour des raisons encore obscures. Mais jusqu'à présent, les méthodes de pression d'Amazon se contentaient d'une agressivité bon enfant. Depuis quelques heures, on a passé un fameux cap : Amazon empêche les précommandes de livres à venir. Autre moyen de pression, pour dire que le combat continue…

 

 

fighting aliens

kenyee, CC BY NC ND 2.0, sur Flickr

 

 

Depuis maintenant deux semaines, Hachette Book Group est pris à la gorge, et le pitbull Amazon ne semble pas décidé à lâcher sa proie. Pour tenter de faire céder l'éditeur, dans leurs négociations marchandes, le cybervendeur avait décidé d'une tactique en trois points, très simple :

  • proposer des délais de livraison de 2 à 5 semaines
  • offrir des remises de moins de 10 % - peu commun chez Amazon
  • Inciter à acheter des livres d'un même auteur, publiés chez un autre éditeur

Tout cela avait quelque chose de mesquin, certes, mais la guerre ouverte a franchi un cap : jusqu'à présent, il était encore possible d'effectuer des précommandes d'ouvrages à venir, que ce soit en papier ou numérique. 

 

Plus maintenant. 

 

En fin stratège, Amazon a décidé d'empêcher les clients de réserver les livres de gros vendeurs, comme le prochain Robert Galbraith, le pseudonyme utilisé par JK Rowling pour ses titres de polars. Il en va de même pour Megan Abbott, Michael Koryta, Anne Rivers Siddons, et d'autres encore.

 

Toutes ces sorties, prévues pour le mois de juin, et de juillet. Et plutôt que d'encourager, comme cela se voit dans les pages du site, les clients à précommander les ouvrages, on ne retrouve plus que de grands vides : format Kindle, Hardcover, ou même Paperback et audiobook sont laissés vierges. Aucun renseignement, sinon l'incitation à laisser son email pour être alerté de la date prochaine de publication. 

 

On a donc décidé de frapper plus vicieusement encore, chez Amazon, toujours dans l'objectif d'obtenir quelque chose de la part de l'éditeur. La suppression des boutons d'achats, ou de précommandes, n'est qu'une manière de plus pour faire sentir à l'éditeur que le noeud coulant de la corde de pendu se resserre… (via Publishers Lunch)

 

Mais cette décision est également l'expression significative que personne n'entend lâcher prise, pas plus l'éditeur que le vendeur.  

Nul doute qu'un acteur comme Hachette Book Group peut disposer d'une trésorerie en mesure de soutenir l'actuelle action menée contre lui par Amazon. Mais c'est une sorte de siège que l'éditeur a entamé : on tient bon, tant que les ressources sont abondantes, en effectuant un rationnement qui sera de plus en plus strict, tant que le camp d'en face n'a pas cédé. (voir notre actualitté, Davy Crockett contre Goliath)

Rappelons également qu'Amazon semble avoir mis en place la même stratégie pour obtenir de meilleures remises auprès des éditeurs allemands, puisqu'une campagne de pression identique a été dévoilée outre-Rhin. Chose intéressante : si seul Hachette Book Group est frappé, outre-Atlantique, n'est-ce pas parce que les autres ont cédé ?