Régionales : Valérie Pécresse soucieuse d'aider les libraires... à fermer ?

Nicolas Gary - 16.09.2015

Edition - Librairies - Valérie Pécresse - librairies collectivités - marchés publics


Les élections régionales de 2015 mobilisent les camps politiques qui font facilement feu de tous bois. Prévues les 6 et 13 décembre prochains, elles concernent quatorze conseils régionaux de métropole et d’outre-mer – ainsi que les assemblées de Corse, Martinique et Guyane. Dans ce combat, Valérie Pécresse,  tête de liste pour l'Île de France, Les Républicains, prêche auprès des libraires, la Très Séduisante Parole. Quelque part entre la Pomme et le Serpent...

 

 

 

Il faudra du courage, quand on est libraire indépendant, pour suivre la 21e mesure présentée par la coordinatrice, et tête de liste pour l’Île-de-France. Soucieuse de faire travailler les commerces locaux et de proximité, elle indique

 

Achat par les lycées des livres scolaires pris en charge par la Région auprès des libraires indépendants de leurs territoires, dans la limite des 15.000 € imposés par le code des marchés publics.

 

 

Cette mesure s’inscrit dans un encadré « Donner accès à la culture pour tous ». Et, comme par enchantement, suit une mouvance très actuelle. Ainsi, Anne Hidalgo, maire de Paris, avait évoqué ces liens entre libraire et collectivité et souhaitait faciliter « l’accès des libraires indépendants aux marchés publics de manuels scolaires et de livres jeunesse ». Une promesse faite en juin 2014. Idem, du côté du ministère de la Culture : lors des Rencontres nationales de la librairie, à Lille (juin 2015), Fleur Pellerin avait évoqué le sujet, et promis des pistes de réflexions. D'ailleurs, la ministre récemment affirmé que son équipe travaille à des pistes pour que les librairies « bénéficie[nt] davantage des marchés publics des collectivités territoriales ».

 

Sur le principe, la proposition de Valérie Pécresse est ainsi idéale : d’abord, le montant de 15.000 €. Ce premier seuil implique qu’une collectivité locale n’a pas besoin de passer par un appel d’offres pour ses achats – que ce soit travaux, fournitures ou services. 

 

La personne publique doit simplement veiller à respecter les règles suivantes : choisir une offre répondant de manière pertinente au besoin, respecter le principe de bonne utilisation des deniers publics et ne pas contracter systématiquement avec le même fournisseur ou prestataire, s’il existe une pluralité d’offres susceptibles de répondre au besoin. (via Service public)

 

 

Ensuite, l’idée de consolider les relations entre commerces locaux et collectivités est nécessairement une bonne approche. Les libraires se plaignent en effet que les marchés publics leur échappent, au profit de prestataire plus gros. Rapprocher les uns des autres ne pourrait qu’être profitable, bien entendu, aux libraires indés. 

 

Rabais et remise : #Fail

 

Sauf que l’écueil approche : dans le Code des Marchés Publics, on découvre, pour peu que l’on prenne le temps de s’y pencher, que les livres scolaires relèvent d’une catégorie spécifique, en regard de la loi sur le prix unique. Hélas, trois fois hélas : ces ouvrages ne sont pas « soumis au plafonnement des rabais ».

 

Autrement dit, si, en littérature, le libraire peut exercer une remise de 9 % dans le cadre d’un marché public, il n’y a pas de limite pour les livres scolaires. Et la concurrence se fait alors plus forte entre les libraires indés, et les plus grosses structures.

 

L’approche est bien tentée, mais même une pratique amateur de l’algèbre conduit à comprendre que la situation n’est pas tenable. La remise que pratiquent certains acteurs tourne autour de 25 %, mais on peut aller jusqu’à 28, voire 29 %. La Coopérative Université Club (CUC), qui a cessé son activité en mars 2011, après liquidation, pratiquait allègrement des remises de 25 %.

 

 

 

En comparaison, la marge maximum pour un libraire est de 31,5 % – il s'agit de la remise concédée par l’éditeur au moment de l'achat du livre. Un indépendant ne pourra pas s’aligner sur une offre à 25 % et d'ailleurs, ne cherchera pas à le faire. Sollicités, plusieurs libraires nous expliquent qu’en regard des frais de fonctionnement, au-delà de 15 %, on commence à travailler à perte.

 

Or, comme les établissements scolaires cherchent à réaliser des économies, ils se dirigeront nécessairement vers des offres proposant les meilleurs avantages financiers. Et on voit alors mal, surtout pour des marchés en deçà du seuil de 15.000 €, que les collectivités choisissent alors des fournisseurs plus chers. Même avec la perspective de favoriser le commerce de proximité.

 

« La vraie avancée serait de plafonner la remise sur le scolaire comme sur la littérature, mais c’est peu probable et de toute façon on se dirige vers des manuels numériques moins chers et moins lourds... », nous souligne une librairie. 

 

Pour de la proposition de Valérie Pécresse, ce sera à mettre au rabais, ou à la remise.