Les restes de Pablo Neruda rendus à la famille, sans certitude sur sa mort

Cécile Mazin - 25.04.2016

Edition - International - Pablo Neruda autopsie - Chili Pablo Neruda tombe - exhumer Pablo Neruda


Les restes de Pablo Neruda, prix Nobel de littérature chilien de 1971, trouveront finalement le repos, après de nombreuses années d’examens médicaux. La famille pourra désormais les enterrer dans la maison-musée consacrée à l’auteur, à Isla Negra. Le Servicio Médico Legal a remis le cercueil lors d’une cérémonie qui s’est déroulée ce 25 avril en présence du président du Sénat, Ricardo Lagos Weber, et du député communiste Guillermo Teillier. 

 

 

 

Sur ordre du juge chilien Mario Carroza, les ossements de l’écrivain avaient été exhumés le 8 avril 2013 : la mort de Pablo Neruda faisait l’objet de soupçons, nécessitant des examens médicaux poussés. L’intention était de définir les causes de la mort, survenue le 23 septembre 1973 à la clinique Santa Maria de Santiago. La situation politique de l’époque laissait planer le doute que Neruda ait été assassiné par empoisonnement. 

 

Officiellement, il était décédé d’un cancer de la prostate, mais la dictature chilienne portée par Pinochet aurait pu avoir intérêt à tuer l’écrivain. C’est en tout cas ce que son chauffeur, Manuel Araya, soutenait. 

 

C’est ainsi que plusieurs cabinets scientifiques ont reçu les restes de Ricardo Eliécer Neftalí Reyes Basoalto, véritable nom de Neruda, pour différents examens. Des experts canadiens et danois ont tenté de déterminer la cause de la mort, et, désormais, la piste d’un staphylocoque doré serait privilégiée.

 

Il faudra encore définir si le poète avait été contaminé par cette bactérie avant son admission à la clinique, ou s’il fut infecté au cours de son séjour hospitalier. C’est ce que les laboratoires, ainsi que leurs confrères des États-Unis, d’Espagne, de Norvège devront définir – la découverte du staphylocoque remonte à mai 2014...

 

Pablo Neruda était décédé à Santiago, douze jours après le coup d’État d’Augusto Pinochet : il s’était manifesté comme un solide soutien de son principal opposant, Salvator Allende. La cause officielle du décès évoque un cancer de la prostate, mais la disparition des registres de l’hôpital en charge de l’écrivain suscite des soupçons et alimente la thèse de l’assassinat. Son chauffeur de l’époque, Manuel Araya, avait soutenu qu’il aurait succombé à une injection faite la veille de son départ pour le Mexique, d’où il s’apprêtait à diriger l’opposition à Pinochet.

 

Il n’est pas impossible, du reste, que la bactérie ait été volontairement injectée au poète, pour se débarrasser de lui. Sa présence entretient ainsi des craintes, puisque la bactérie fut utilisée durant la dictature militaire pour éliminer les opposants au régime. Très agressive et résistante à la pénicilline, elle engendre une mort inévitable, rapporte l’agence EFE.

 

 

 

En 2011, le parti communiste chilien avait porté plainte pour demander l’ouverture d’une enquête officielle. Mais rien n’a permis d’assurer avec certitude que sa mort découle d’un assassinat. « Il est indispensable de ne pas prolonger plus que nécessaire la garde des restes du poète à disposition du Tribunal », avait annoncé Mario Carroza, juge en charge de l’enquête en février dernier. Il a estimé que toutes les démarches possibles avaient été effectuées, mais a néanmoins ordonné de « conserver des échantillons osseux ».

 

Il avait fallu attendre plus de deux années après l’ouverture de l’enquête pour que le gouvernement chilien admette la possibilité d’un meurtre. Le ministère de l’Intérieur avait fait paraître un communiqué en novembre 2015, expliquant que la thèse du cancer de la prostate était désormais sujette à caution, face à celle de l’assassinat.

 

En attendant, une cérémonie d’adieu a été organisée le 24 avril et, mardi 26, les restes du poète seront rendus officiellement à la famille, pour une mise en terre. Rodolfo Reyes, son neveu et biographe, déclarait que c’était un honneur « et un devoir moral que d’accomplir cette cérémonie, afin que les autorités et les citoyens accompagnent son retour à Isla Negra ».