Le corps du poète William Butler Yeats serait dispersé aux 4 vents

Antoine Oury - 21.07.2015

Edition - International - William Butler Yeats - Irlande - France


Le poète irlandais William Butler Yeats était très attaché à la France : il a terminé ses jours à Menton, en 1939, et fut enterré à Roquebrune-Cap-Martin, dans les Alpes-Maritimes, selon ses vœux. Mais Yeats avait précisé : « Quand les journaux m'auront oublié, déterrez-moi et ramenez-moi à Sligo », comté irlandais où il a passé sa jeunesse. En 1948, le transfert s'organise, avec le concours des autorités françaises et de circonstances inhabituelles...

 

Ireland Trip - W.B. Yeats

Tombe de Yeats, à Drumcliffe, dans le comté de Sligo

(Erin Costa, CC BY 2.0)

 

La découverte de l'Irish Times vient comme une confirmation : l'authenticité des restes de W.B. Yeats enterré à Drumcliffe, en Irlande, a toujours été sujette à caution. Aussi bien par les habitants de Roquebrune que par la diplomatie française : en 1946, les restes du poète sont jetés dans une fosse commune, et les proches du défunt tentent de dissuader sa veuve de les rapatrier en Irlande.

 

Bernard Cailloux, le diplomate français chargé de la mission de rapatriement, avait bien conscience du problème, et explique à ses supérieurs qu'il est « impossible de rapatrier les restes complets et authentiques de Mr Yeats ». Il demande alors au médecin du coin de « reconstituer un squelette qui présente les caractéristiques du défunt ».

 

La famille de Yeats a toujours réfuté le remplacement des restes, et écrivait déjà à l'Irish Times en 1988 pour clarifier la situation : mais les documents retrouvés par le journal laissent entendre que les proches ont donné un accord tacite à l'opération. « Nous sommes assurés de la discrétion de la famille et des autorités irlandaises », assure Stanislas Ostrorog, à la tête de la délégation française en Irlande, dans un courrier.

 

L'affaire s'est un peu plus compliquée avec l'apparition d'un nouveau macchabée, Alfred Hollis, un Britannique mort et enterré aux côtés de Yeats, et dont certains ossements auraient pu être prélevés pour reconstituer le squelette du poète. La famille d'Hollis a tenté à plusieurs reprises de faire entendre sa voix, sans succès.

 

Dans une autre correspondance avec le ministère des Affaires étrangères, Ostrorog se félicite du fait que les autorités irlandaises soient gardées loin de l'affaire : « Je désirais vivement régler la chose », écrit-il, « car si la famille et la délégation d'Irlande étaient évidemment coupables de négligence, les autorités françaises pourraient également être prises à partie si l'on apprenait que ce grand poète étranger qui avait passé tant d'années de sa vie en France avait été jeté à la fosse commune ».

 

Le destinataire des courriers d'Ostrorog au ministère des Affaires étrangères, Jacques Camille Paris, a classifié toute la correspondance comme personnelle. À sa mort, les documents ont été conservés un temps dans le château de Paul Claudel, avant d'être exhumés par Daniel Paris, fils du diplomate, qui les a transmis, d'après le Irish Times, à l'ambassade irlandaise, le mois dernier.


Pour approfondir

Editeur :
Genre : poesie grand format
Total pages :
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ISBN : 9782844182531

Le crépuscule celtique

Publié en 1893, Le Crépuscule celtique du grand poète irlandais William Butler Yeats, prix Nobel de Littérature en 1923, est un recueil d'anciens contes et de légendes populaires gaéliques, que l'auteur s'est employé à rassembler comme l'avaient fait les frères Grimm avant lui. Dans cette mouvance qui, à la fin du dix-neuvième siècle, montre un intérêt prononcé pour le folklore, que celui-ci soit celtique ou scandinave, et pour la tradition orale et écrite qui en a perpétué le souvenir, Yeats ressuscite un ensemble

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