Les revenus baissent, mais il y a beaucoup d'auteurs – trop ?

Nicolas Gary - 08.01.2016

Edition - Economie - éditeurs contrats - auteurs revenus - rémunérations chaine livre


En milieu de semaine, les trois grands syndicats d’auteurs australiens, britanniques et américains, ont dégainé le même missile : une lettre ouverte, adressée aux éditeurs locaux, pour dénoncer des contrats opaques, aux clauses abusives, et un manque de concertation. Si l’association des éditeurs australiens avait brièvement répondu, la Publishers Association (UK), vient de se fendre d’un message. Bref message.

 

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EpSos .de, CC BY 2.0

 

 

Chacun des syndicats avait ses propres observations, mais même dans le détail, les constats dans le Commonwealth semblent les mêmes : les revenus moyens plongent pour les auteurs, et la situation se dégrade rapidement. Il est urgent, expliquait pour le Royaume-Uni, Nicola Solomon, de réviser le contrat que proposent les maisons. 

 

« Sans une réforme sérieuse du contrat, l’auteur professionnel deviendra une espèce menacée et les éditeurs – ainsi que la société plus globalement – se retrouvera avec de moins en moins d’œuvres de qualité. À moins que les éditeurs ne traitent leurs auteurs plus équitablement, le déclin du nombre d’auteurs à temps complet pourrait avoir des conséquences graves sur la qualité et la richesse des œuvres qui gouvernent le succès économique et la réputation culturelle de nos industries créatives, au Royaume-Uni. »

 

David Day, depuis l’Australie, estimait que « les auteurs dans le monde entier vivent des circonstances difficiles. [Ils] sont habitués à vivre dans des greniers, mais maintenant, ils n’ont même plus de fenêtre. » 

 

Louise Adler, présidente de l’Australian Publishers Association, reconnaît cependant l’importance cruciale des auteurs. « Si l’industrie locale est durable et prospère, la collaboration est vitale. Les éditeurs australiens continueront de travailler de façon productive, en partenariat avec les auteurs australiens pour assurer que toutes les parties de la chaîne d’approvisionnement soient correctement rémunérées. »

 

Le temps manque, et les auteurs sont plus nombreux...

 

En réponse, la Publishers Association assure qu’elle « partage la frustration de la communauté des auteurs ». Il est effectivement plus difficile pour eux de « vivre décemment de leur écriture. Cependant, nous ne plaçons pas la source principale de ce problème dans les relations contractuelles entre l’éditeur et l’auteur, mais dans des facteurs plus profonds du marché ».

 

Et d’affirmer que les marges sont de plus en plus réduites, dans toute la chaîne d’approvisionnement. De surcroît, « les livres font face à la concurrence de plus en plus rude des autres secteurs médias et divertissement ». Le temps des consommateurs n’est pas extensible, « alors qu’il y a tout bonnement plus d’écrivains, comme en atteste l’augmentation du nombre enregistré par l’ALCS [Authors' Licensing and Collecting Society, NdR] ».  

 

Les raisons expliquant la diminution des revenus des auteurs sont donc variées, et pas uniquement imputables aux contrats. « Nous sommes impatients de poursuivre nos discussions sur ces questions de politique avec la Society of Authors, et d’autres groupes représentant les auteurs », conclut la PA.

 

Certes, les contrats ne sont pas l’unique source de problème. Mais il faut bien commencer par s’attaquer à l’un des problèmes, si l’on souhaite au moins en résoudre quelques-uns...

 

Et dans l'Hexagone..?

 

En France, les négociations entre le SNE et la SGDL ont repris, autour du contrat d’édition, après qu’a été intégré dans la loi création, un amendement du rapporteur Patrick Bloche. Les organisations avaient signé un accord autour d’un nouveau contrat d’édition en mars 2013, mais plusieurs points restaient en suspens. 

 

Le rapporteur souhaitait, par cette intervention, encourager les discussions entre auteurs et éditeurs. Ainsi qu’il l’avait assuré à ActuaLitté, l’amendement portait sur la rédaction d’un rapport, faisant état des avancées entre les deux parties. 

 

« Au-delà de la remise du rapport, nous souhaitons inviter les deux parties à échanger, ainsi qu’elles ont pu le faire autour du contrat d’édition. Il ne s’agit pas d’introduire dans la loi Création de nouvelles dispositions, concernant auteurs et éditeurs, dans leurs échanges contractuels, mais d’encourager à poursuivre leurs discussions. »